D £ Z? E S P R I 7 . 191
les hommes ne jugent les opinions des autres quepar la conformité qu’elles ont avec les leurs. Auíïine persuade-t-on jamais les sots qu avec des ionises.
Si le Sauvage du Canada nous préfère aux autrespeuples de l’Europe , c’est que nous nous prêtonsdavantage à les mœurs, à son genre de vie; c’est àcette complaisance que nous devons l'éloge magni-fique qu’il croit faire d’un François, lorfqu’il dit:C’ejl un homme comme moi.
En fait de mœurs, d’opinions & d’idées, il paroîtdonc que c’est toujours soi qu’on estime dans lesautres ; & c’est la raison pour laquelle les César,les Alexandre, & généralement tous les grands-hom-mes ont toujours eu d'autres grands-hommes sousleurs ordres. Un prince est habile , il prend en mainle sceptre ; à peine est - il monté sur le trône , quetoutes les places se trouvent remplies par des hom-mes supérieurs : le prince ne les a point formés; ilsemble même les avoir pris au hasard; mais, forcéde n’estimer & de n’élever aux premiers postes quedes hommes dont l’efprit soit analogue au lien , ilest , par cette raison , toujours nécellîté aux bonschoix. Un prince , au contraire , est peu éclaire :contraint, par cette même raison, d'attirer près delui des gens qui lui ressemblent, il est presque tou-jours nécessité aux mauvais choix. C’est la fuite desemblables princes qui souvent a fait substituer lesplus grandes places de socs en sots durant plusieurssiécles. Aussi les peuples , qui ne peuvent connoîrrepersonnellement leur maître, ne le jugent-ils que