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Tome premier.
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209
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DE L’ E S P R I T. 209

Pour s’en convaincre, qu’on jette les yeux fur unhomme qui sacrifie tous ses biens pour sauver de larigueur des loix un parent , assasiìn : cet hommepaísera certainement , dans ía famille , pour très—vertueux , quoiqu il foie réellement nès-mjuste. .!sdis très-injuste , parce que iì l’eípoir de 1 impunitédoit multiplier les forfaits chez une nation, íì la cer-titude du supplice est absolument nécessaire pour yentretenir 1 ordre , il est évident qtt’une grâce accor-dée à un criminel , est , envers le public , une injus-tice dont se rend complice celui qui sollicite unepareille grâce ( 1 ).

Qu’un ministre , sourd aux sollicitations de sesparens & de ses amis, croie ne devoir élever aux pre-

( 1 ) Je ne suis coupable , disoit Chilon mourant, que d'unseul crime : c’est d‘avoir , pendant ma magistrature , sauvé dela rigueur des lois un criminel:, mon meilleur ami.

Je citerai encore, à ce sujet, un fait rapporté dans leGulistan. Un Arabe va se plaindre au sultan des violencesque deux inconnus exerçoient dans fa maison. Le sultans'y transporte , fait éteindre les lumières , saisir les crimi-nels , envelopper leur tête d’un manteau ; il commandequ’on les poignarde. L’exécution faite, le sultan fait ral-lumer les flambeaux, considère les corps des criminels,lève les mains, &c rend grâce à Dieu. Quelle faveur , luidit son visir, avetç-vous donc reçue du ciel? .. . Vifir, répondle sultan , j‘ai cru mes fils auteurs de ces violences ; c espourquoi j‘ ai voulu qu on éteignit les flambeaux , qu on couvrîtd'un manteau le visage dc ces malheureux : j’ai craint que la.tendrejfe paternelle ne me fit manquer d la justice que je doisa mes sujets. Juges fì je dois remercier le Ciel , maintenantque je me trouve juste , fans être parricide.

Tome I.

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