DE L’ E S P R I T. XII
esprit, îa variété de ses caresses, faisoìt goûter chaquejour à son amant les délices de l’inconstance, Sc dontenfin la première jouissance n’éroit, dicEchard,qu’unepremière faveur ; qu’une telle femme se trouve dansune assemblée de ccs prudes , dont la vieillesse & lalaideur assurent la chasteté ; on y méprisera ses grâces& ses talens : à l’abri de la séduction, sous légistede la laideur , ces prudes ne sentent pas combienl’ivresiè d’un amant est flatteuse ; avec quelle peine ,quand on est belle, on résiste aa désir de mettre unamant dans la confidence de mille appas secrets : ellesse déchaîneront donc avec fureur contre cette bellefemme, & mettront ses faiblesses an rang des plusgrands crimes. Mais, si Tune de ces prudes íe présenteà ion tour dans un cercle de coquettes , elle y feratraitée tans aucun des ménagemens que la jeunesse Scla beauté doivent à la vieillesse & à la laideur. Pourse venger de ía pruderie, on lui dira que la belle quicède à i amour & la laide qui lui résiste, lie sont toutesdeux , qu’obéir au même principe de vanité ; que ,d.ms un amant, Tune cherche un admirateur de sesattraits, l’aurre fuit un délateur de ses disgrâces ; Scqu animées toutes deux par le même motif, entre laprude Sc la femme galante , il n’y a jamais que labeauté de distérence.
"Voilà comme les passions différentes s'insultent réci-proquement; & pourquoi le glorieux, qui méconnoîclemctire dans unecondition médiocre, quiledédaigne,ct qui voudroit le voir ramper à ses pieds, est à forttour méprise des gens éclairés. Infeníe, lui diroient-