Band 
Tome premier.
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T) £ L* E S P R I T. LLZ

C'est aussi' de la meilleure foi du monde qu’on voiedes hommes illustres , en des genres différens , fairetrès-peu de cas les uns des autres. Pour fe convaincrede la réalité d’un mépris toujours réciproque de leurpart ( car il n’y a point de dette plus fidèlementacquittée que le mépris ) prêtons l’oreille aux discoursqui échappent aux gens d'espeit.

Semblables aux vendeurs de mithridate répandusdans une place publique , chacun d’eux appelle lesadmirateurs à foi, & croitles mériter seul. Le roman-cier fe persuade que c'est son genre d’ouvrage quiíuppoíè le plus d’invention 8c de délicatesse dans 1 es-prit ; le métaphysicien fe voir comme la source dslevidence Sc le confident de la nature : Moi seul ,dit-il, je puis généraliser les idées, 8c découvrir legerme des évènemens qui se développent journellementdans le monde physique Sc moral, & c'est par moi seulque l’homme peut être éclairé. Le poète, qui regardeles métaphysiciens comme des fous íérieux, les allureque, s’ils cherchent la vérité dans le puits où elle s'estretirée, ils n ont , pour y puiser , que le seau desDanaïdes ; que les découvertes de leur esprit sontdouteuses, mais que les agrémens du sien font certains.

C'est par de tels discours que ces trois hommes seprouveroient réciproquement le peu de cas qu’ils fontles uns des autres ; & si , dans une pareille contesta-tion , ils prenoient un politique pour arbitre : Appre-nez , leur diroit-il à tous, que les sciences 8c les artsne font que de sérieuses bagatelles & de difficiles frivo-lités. L'on s'y peut appliquer dans l’enfance , pour