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Tome premier.
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DE L' E S P R I T. 2 , 2.7

l s habite: le plus grand législateur n’est, à mes yeux ;que le roi des abeilles.

Voilà par quels raiíonnemens chacun se prouve àlui-racine qn’il est possesseur du genre d esprit le plusestimable ; & comment, excités par le désir de le prou-ver aux autres, les gens d’elprit se déprisent récipro-quement, íans s’appercevoir que chacun deux, enve-loppé dans le mépris qu’il inípire pour ses pareils,devient le jouet & la risée de ce même public, dont ildevroit être l’admiration.

Au reste , c est en vain qu’on voudroit diminuerla prévention favorable que chacun a pour son esprit,on se moque d’un fleuriste immobile près d’une plate-bande de tulipes ; il tient les yeux toujours fixés furleurs calices ; il ne voit rien d admirable fur la terre,que la finesse & le mélange des couleurs, dont il a»par fa culture , forcé la nature à les peindre : chacunest ce fleuriste ; s'il ne mesure l'efprit des hommes quefur la connc-issance qu'ils ont des fleurs, nous ne me-surons pareillement notre estime pour eux que fur laconformité de leurs idées avec les nôtres.

Notre estime est tellement dépendante de cette con-formité d’idées, que personne ne peut s’examiner avecattention fans s’appercevoir que , si dans tous les inf-tans de la journée, il n’estime point le même hommeprécisément au même degré, c’est toujours à quelques-unes de ces contradictions , inévitables dans le com-merce intime & journalier, qu’il doit attribuer la per-pétuelle variation du thermomètre de son estime :auiîì tout homme dont ks idées ne font point ana-Tome /. P