2.40 D E L' E S P R I T.
de bon sens : Le ton du monde, dira-1-il, n'est leplus souvent qu’un persiflage ridicule. Ce ton, usitéà la cour, y sut lans doute introduit par quelque in-trigant , qui, pour voiler ses menées , vouloir parlerfans rien dire : dupes de ce persiflage, ceux qui lesuivirent, sans avoir rien à cacher , empruntèrentle jargon du premier, & crurent dire quelque chose,lorsqu’iis prononçoient des mots assez mélodieuse-ment arrangés. Les gens en place, pour détournerles Grands des affaires íerieuíes, & les en rendre in-capables , applaudirent à ce ton , permirent qsson lenommât esprit , & furent les premiers à lui en don-ner le nom. Mais , quelque éloge qu’on donne à cejargon , u, pour apprécier le mérite de la plupart deces bons mots si admirés dans la bonne compagnie,on les traduiloit dans une autre langue, la traductiondissipe roi t le prestige, 8c la pluprat de ces bons motsie trcuveroient vides de sens. Auffi , bien des gens,ajouteroit-il, ont, pour ce qu’on appelle les gensbrillans, un dégoût très-marqué, 8c répète-t-on íou-vent ce vers de la comédie :
Quand. k bon ton paraît , k bon sens se retire.
Le vrai bon ton est donc celui des gens d’esprit,de quelque état qu’ils soient.
Je veux, dira quelqu’un, que les gens du monde,attachés à de trop petites idées , soient, à cet égard ,inférieurs aux gens d’esprit , ils leur sont du moinssupérieurs dans la manière d’exprimer leurs idées. Leurprétention, à cet égard, paroi t, fans contredit, mieux
fondée,