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Tome premier.
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DE L' E S P R I T. 2 . 4 1

fondée. Quoique les mots, en eux-mêmes, ne soientni nobles, ni bas, & que, dans un pays où le peupleest respecté , comme en Angleterre , on ne faste ,ni ne doive faire cette distinction ; dans un état mo-narchique , où l'on n’a nulle considération pour lepeuple, il est certain que les mots doivent prendreTune ou l’autre de ces dénominations, selon qu’ilsfont usités ou rejetés à la cour ; & qu’ainsi Impres-sion des gens du monde doit toujours être élégante;aussi lest - elle. Mais la plupart des courtisans nes'exerçant que fur des matières frivoles, le diction-naire de la langue noble est , par cette raison , très-court, & ne íuftit pas même au genre du roman ,dans lequel ceux des gens du monde qui voudroientécrire , se trouveroient souvent fort inférieurs auxgens de lettres ( 1 ).

A l’égard des sujets qu’on regarde comme fé-

(1) Ce qui sait le plus d’illusion en saveur des gens dumonde, c’est l'air aisé, le geste dont ils accompagnentleurs discours, & qu'on doit regarder comme l'esset dela confiance que donne nécessairement l'avantage du rang ;ils font, à cet égard, ordinairement fort supérieurs auxgens de lettres. Or , la déclamation, comme le dit Aris-tote , est la première partie de l’éloquence : ils peuventdonc, par cette raison , avoir , dans des conversations fri-voles , l'avantage fur les gens de lettres ; avantage qu'ilsperdent lorsqu’ils écrivent, non-feulement parcs qu'ils nefont plus alors soutenus du prestige de la déclamation,mais parce que leurs écrits u'ont jamais que le style deleurs conversations , Sc qu'on écrit presque toujours mal,lorsqu'on écrit comme on parle.

Tome I.

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