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Tome premier.
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i 66 V E l’ £ S P R Z T.

capables, il faut nécessairement les flatter de l’efpoird une grande gloire. Cet espoir seul peut élever jus-qu’au terme de la médiocrité des hommes qui n’yeussent jamais atteint, si le public, trop sévère appré-ciateur de leur mérite , les eût dégoûtés de Ion estimepar la difficulté de l’obrenir.

Voilà la cause de l'indulgence secrète avec laquellele public juge les gens en place ; indulgence quelque-fois aveugle dans le peuple, mais toujours éclairéedans Thomme d’esprir. II sait que les hommes fontles disciples des objets qui les environnent; que la•flatterie, assidue auprès des grands, préside à toutesles instructions qu on leur donne; & qu’ainsi l’on nepeut, fans injustice, leur demander autant de talensSc de vertus qu’on en exige d’un particulier.

Si le spectateur éclairé siffle a u théâtre François cequ’il applaudit aux Italiens ; si dans une belle femmeSc un joli enfant tout est grâce, esprit Sc gentillesse;pourquoi ne pas traiter les grands avec la même in-dulgence ? On peut légitimement admirer en eux destalens qu’on trouve communément chez un particu-lier obscur, parce qu’il leur est plus difficile de lesacquérir. Gâtés par les flatteurs, comme les joliesfemmes par Ic-s galans ; occupés d’aiileurs de milleplaisirs , distraits par mille foins, ils n’ont point,comme un philosophe, le loisir de penser, d’acquerirun grand nombre d’idées (i), ni de reculer, Sc les

(z) C’est vraisemblablement ce qui a fait avancer à5.1. Nicole que Dieu avoit fait le don de l'efprit aux gens