DE L’ E S P R 1 T. 177
d’utilité a toujours été secrètement associée à ridéede vertu , on peut assurer que les coutumes les plusridicules, & même les plus cruelles, ont, comme jevais le montrer par quelques exemples, toujours eupour fondement l’utilité réelle ou apparente du bienpublic.
Le vol étoit permis à Sparte ; l’on n’y punissoit quela mal-adreílè du voleur surpris ( 1 ) : quoi de plus bi-zarre que cette coutume 2 Cependant, si l’on le rap-pelle les loix de Lycurgue , & le mépris qu’on avoirpour l’or ôc largeur dans une république où les loixne donnoient cours qu’à une monnoie d’un fer lourd6c cafïànt, on íentira que les vols de poules & dslégumes étoient les seuls qu’on y pût commettre. Tou-jours faits avecadrelle, souvent niés avec fermeté (z),de pareils vols entretenoient les Lacédémoniens dansriiabitude du courage ôc de la vigilance : la loi qui
(1) Le vol est pareillement en honneur au royaume dsCongo; mais il ne doit point être fait à l’insu du posses-seur ds la chose volée : il faut tout ravir de force. Cettecoutume, disent-ils, entretient le courage d:s peuples. -Chez les Scythes, au contraire, nul crime plus grand quele vol ; & leur manière de vivre exîgeoit qu’on le punîtsévèrement : leurs troupeaux erroient çà Sc là dans lesplaines ; quelle facilité à dérober, Sc quel désordre, £ l’oneût toléré de pareils vols 1 Ausiì, dit Aristote, a-t-on,chez eux, établi la loi pour gardienne des troupeaux.
(2) Tout le monde fait le trait qu’on raconte d’un jeuneLacédémonien, qui, plutôt que d’avouer son larcin, selaissa, sans crier, dévorer le ventre par un jeune renard,qu 1! avoir volé Sc caché fous fa robe.