Tí R L* ESPRIT, 25
Tel sera, si je sole dire , le íecond pas de mon esprit.Je me représenterai , en conléquence, les hommesabsolument privés de la connoissance des lois, des arts,8c à peu prés tels qu’ils dévoient être aux premiersjours du monde. Alors, je les vois diíperses dans lesbois comme les autres animaux voraces ; je vois quetrop soi blés avant l'invention des armes pour résistéeaux bêtes féroces,ces premiers hommes, instruits parle danger, le besoin ou la crainte, ont senti qu'il étoitde l’interêt de chacun deux en particulier de íe rassem-bler en société, & de former une ligue contre les ani-maux, leurs ennemis communs. J’apperçois ensuite queces hommes, ainsi rassemblés & dev •nus bientôt enne-mis par le désir qu’ils eurent de posséder les mêmeschoies, durent s’armer pour le les ravir mutuellement;que le plus vigoureux les enleva d'abord au plus spiri-tuel , qui inventa des armes, & lui dressa des embû-ches pour lui reprendre les mêmes biens ; que la force8c l’adreílè furent, par conséquent, les premiers titresde propriété ; que la terre appartint premièrement auplus tort7 8c ensuite au plus fin; que ce fut d’abordà ces seuls titres qu’on posséda tout : mais qu’enfin ,éclairés par leur malheur commun , les hommes sen-tirent que leur réunion ne leur feroit point avanta-geuse , 8c que les sociétés ne pourroient ítibsisser, íì, àleurs premières conventions , ils n'en ajoutoient denouvelles , par lesquelles chacun en particulier renon-çât au droit de la force 8c de l’adreíle, 8c tous, engénéral, se garantissent réciproquement la conserva-tion de leur vie 8c de leurs biens, & s'engageassent àTome II. C