Band 
Tome second.
Seite
71
JPEG-Download
 

t> S í' E S P R 1 t: 7I‘

laiísoit, dans ce discours, entrevoir aux soldats aucundoute de leur courage ; il réveilloit par ce moyen eneux les pallions de la honte & de l’honneur, qu’ils seflattoient encore de conserver à ses yeux. C’étoit l’u-nique moyen d’arrêter ces fuyards , & de les ramenerau combat & à la victoire.

Or,qui doutequ’un pareil discours ne soit un traitde caractère ? Sc qu’en général tous les moyens dontse sont servi les grands-hommes pour échauffer lesâmes du feu de l'enthouliasme, ne leur aient été ins-pirés par les pallions ? Est-il un homme sensé qui,pour imprimer plus de confiance Sc plus de respectaux Macédoniens, eût autorisé Alexandre à se dire filsde Jupiter Hammon ? eût conseillé à Numa de feindreun commerce secret avec la nymphe Egérie ? à Za-molxis, à Zaleucus , à Mnévès, de se dire inspirés parVesta, Minerve ou Mercure ? à Marius de traîner à fafuite une diseuse de bonne aventure ; à Sertorius deconsulter sa biche ì Sc enfin au comte de Dunoisd’ar-mer une pucelle pour triompher des Anglois ?

Peu de gens élèvent leurs pensées au-delà des pen-sées communes ; moins de gens encore oient (i) exé-

(i) Ceux-là cependant font les seuls qui avancent Testprit humain. Lorsqu’il ne s'agit point de matière de gou-vernement , où les moindres fautes peuvent influer fur lebonheur ou le malheur des peuples , & qustl n’est questionque de sciences , les erreurs, même des gens de génie ,méritent l’éloge St la reconnoilfance du public ; puifqu’enfait de sciences, il faut qu J une infinité d'hommes se trom»

E 4