ì .10 De l' e s p r i t.
déduis ceux qui n’ont pas lu les ouvrages, vécu avecles hommes les plus propres à les éclairer ; Sc que,de ce nombre ainsi réduit, je retranche encore tousceux dont la mort, les renversemens de fortune oud autres accidens pareils ont arrêté les progrès ; je disque, dans la forme actuelle de notre gouvernement,la multitude des circonstances , dont le concours estabsolument nécessaire , pour sonner de grands-hom-mes, s’cppofe à leur multiplication; & que les gensde génie doivent être aussi rares qu’ils le font.
C’est donc uniquement dans le moral qu’on doitchercher la véritable cause de l’inégalité des esprits.Alors, pour rendre compte de la disette ou de l'abon-dance des grands hommes dans certains siècles on cer-tains pays, on n'a plus recours aux influences de l'air,Lux différens éloignemens où les climats font du soleil,ni à tous les raiíonnemens pareils, qui, toujours ré-pétés , ont toujours etc démentis par l’expérience Scl’histoire.
Si la différente température des climats avoir tantd’influence fur les aines & fur les esprits , pourquoices Romains (i) , si magnanimes, si audacieux fousun gouvernement républicain, feroient-ils aujour-
(0 En avouant que les Romains d’aujourd'hui ne res-semblent point aux anciens Romains, quelques-uns pré-tendent qu’ils ont ceci de commun, c’est tl’ètreles maîtresdu monde. Si l’ancienne Rome, disent-ils, le conquit parses vertus &: fa valeur , Rome moderne l’a reconquis patses ruses ív ses artifices polit ques; & le pape GrégoireVIïest le César de cette seconde Rome.