yeux l’efpoir d'un état plus heureux,& leur en montrela possibilité comme une possibilité prochaine. II ravitenfin la plupart des hommes par la grandeur mômedu tableau qu’il présente , & par l’intérét qu’on estforcé de prendre au héros estimable & vertueux quele poète met fur la scène. Le deíir du bonheur , quinous fait considérer l’estime comme uh moyen d’êtreplus heureux , nous identifie toujours avec un pareilpersonnage. Cette identification est, si je l ofe dire ,d autant plus parfaite, & nous nous intéressons d’au-tant plus vivement au fort heureux ou malheureuxd'un grand-homme, que ce grand-homme nous paroîtplus estimable ; c’est-à-dire , que ses idées ou fes fen-timens font plus analogues aux nôtres. Chacun re-connoît avec plaisir, dans un héros , les fentimensdont il est lui - même affecté. Ce plaisir est d’autantplus vif, que ce héros joue un plus grand rôle fur laterre ; qu’il a , comme les Annibal, les Sylla, les Ser-torius & les Céíar, à triompher d’un peuple dont ledestin fait celui de l'univers.Les objets nous frappenttoujours en proportion de leur grandeur. Qu’on pré-sente au théâtre la conjuration de Gênes & celle deRome; qu’on trace d’une main également hardie, lescaractères du comte de Fielque & de Catilina ; qu’onleur donne la même force, le même courage, le mêmeesprit & la même élévation : je dis que l’audacieuxCatilina emportera presque toute notre admiration ;, la grandeur de ion entreprise fe réfléchira fur ion ca-ractère , l’aggrandira toujours à nos yeux ; & notreillusion prendra fa source dans le désir même du bon-heur.
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