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Tome second.
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DE L* E S P R t T. 307

En effet , on se croira toujours d’autant plus heu-reux qu’on fera plus puissant, q u'on régnera fur unplus grand peuple , que plus d’hommes feront inté-ressés à prévenir , à satisfaire nos désirs, Sc que, seulslibres fur la terre , nous serons environnés d’un uni-vers d’efclaves.

Voilà les causes principales du plaisir que nous faitla peinture de l’ambirion , de cette pasiìon qui île doitle nom de grande qu’aux grands changemens qu ellefait fur la terre.

Si l’amour en a quelquefois occasionné de pareils ;s’il a décidé !a bataille d’Actium en faveur d’Octave ;si , dans un siècle plus voisin du nôtre, il a ouvert auxMaures les ports del’Efpagne;&s’il a renversé succes-sivement Sc relevé une infinité de trônes ; ces grandesrévolutions ne íont cependant pas des effets nécessairesde l’amour , comme elles le font de l’ambition.

Aussi le désir des grandeurs & l’amour de la patrie »qu’on peut regarder comme une ambition plus ver-tueuse , ont-ils toujours reçu le nom de grands >pré-férablement à toutes les autres passions : nom qui ,transporté aux héros que ces paillons inspirent, a étéensuite donné aux Corneille Sc aux poètes célèbres quiles ont peints. Sur quoi j’obferverai que la paillon dal’amour n’esì cependant pas moins difficile à peindreque celle de l’ambition. Pour manier le caractère dePhèdre avec autant d'adrelse que l’a fiait Racine , ilne falloir certainement pas moins d’idées, de combi-naisons Sc d’eíprit, que pour tracer dans Rodogune lecaractère de Cléopâtre. C’est donc moins à l’habileté

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