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Vous me direz peut-être : L’extraordinaire frappe zil ajoute à la célébrité de l’homme d’efprif, le méritesimple & modeste en est moins estimé; & c’est uneinjustice dont je le venge, en décriant la singularité.Mais l’envie, répondrai-je , ne vous Fait-elle pas ap-percevoir l’affectation où l’affectation n’est pas ; Engénéral, les hommes supérieurs y font peu sujets ; uncaractère paresseux & méditatif peut avoir de la sin-gularité ; mais jamais il ne la jouera. L’affectation dela singularité est donc très-rare.
Pour soutenir le personnage de singulier, de quelleactivité faut-il être doué; Quelle connoissance dumonde faut-il avoir, & pour choisir précisément unridicule qui ne nous rende ni méprisables ni odieuxaux autres hommes, & pour adapter ce ridicule ànotre caractère , & le proportionner à notre mérite íCar enfin, ce n’est qu’avec une telle dose de géniequ’il est permis d’avoir un tel ridicule. A-t-on cettedose; il saut en convenir; alors, loin de nous nuire ,un ridicule nous sert. Lorsque Enée descend aux en-fers pour adoucir le monstre qui veille à leurs portes,ce héros se pourvoit, par le conseil de la Sybille, d’ungâteau qu’il jette dans la gueule du Cerbère. Qui faitsi, pour appaiser la haine de ses contemporains, lemérite ne doit pasauff jeter, dans la gueule de l’envie,le gâteau d’un ridicule ? La prudence l’exige, ct mêmel’humanité l’ordonne. S’íl naillpit un homme parfait,il devroit toujours, par quelques grandes sottises,adoucir la haine de ses concitoyens. II est vrai qu’à cetégard on peut s’en fier à la nature, ct qu’elle a pourvu