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de l' e s p r i r. 391
objet n'est point de plaire au public, mais à quelquesgens puiflans , & louvent bornés; trop d’elprit nui-roit à ce dessein. Pour plaire aux gens médiocres, ilfaut, en gênerai, se prêter aux erreurs communes,fe conformer aux usages, &: reílembler à tout lemonde. P esprit élevé ne peut s’abailser jusques là.11 aime mieux être la digue qui s’oppose au torrent,dût-il en être renversé, que le rameau léger qui flotteau gré des eaux. I) ailleurs, l’homme éclairé, avecquelque adresse qu'il se masque , ne ressemble jamaissi exactement à un sot q u'un sot se ressemble à lui-même. On est; bien plus sûr de foi, lorfqu’on prend,que lorsqu’on feint de prendre des erreurs pour desvérités.
Le nombre d’idées que suppose l'esprit de conduiten’a donc que peu d étendue; mais, en exigeât-il da-vantage , je dis que le public n’auroit encore aucuneforte d estime pour cette forte d’esprit. L’intrigant sefait le centre de la nature ; c est à son intérêt seul qu'ilrapporte tout ; il ne sait rien pour le bien public : s’ilparvient aux grandes places, il y jouit de la considé-ration toujours attachée au pouvoir, & sur tout à lacrainte qu'il inspire; mais il ne peut jamais atteindreà la réputation, q u'on doit regarder comme un donde la reconnoissance générale. R ajouterai même quel’esprit qui le sait parvenir, semble tout-à-coup l’a-bandonner, loríqu’il est parvenu. II ne s’élève auxgrandes places que pour s’y déshonorer, parce qu'eneffet l’esprit d’intrigue, nécessaire pour y parvenir,n’a rien de commun avec l’esprit d’étendue, de force
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