z;6 DE L* H O M M E.
cette assertion ì est-il bien vrai que la crainte, l’hon-neur & l’amour de la vertu soient réellement lesforces motrices & différentes des divers gouverne-mens? ne pourroit-on pas au contraire assurer qu’unecause unique , mais variée dans ses applications , estégalement le prinfcipe d’activité de tous les empires ;6c que si Montesquieu , moins frappé du brillant de fadivision, eût plus scrupuleusement discuté cette ques-tion , il sûr parvenu à des idées plus profondes, plusclaires &c plus générales ? II eût apperçu dans l’amourdu pouvoir le principe moteur de tous les citoyens :
ne diffèrent donc entre eux que dans l’étendue de leursignification. L'honneur 8c la vertu font donc des principesde même nature.
Si Montesquieu ne se fût pas proposé de donner à chaqueforme de gouvernement un principe différent d’action, ileût reconnu le même dans tous. Ce principe est l’amourdu pouvoir, par conséquent l’intérêt personnel diverse-ment modifié selon les différentes constitutions des états,& leurs diverses législations. Si la vertu, comme il le dit,est le principe d’activité des états républicains ; ce n’est,du moins, que dans des républiques pauvres Sc guerrières.L’amour de l’or & du gain est celui des républiques com-merçantes.
II paroît donc qu’en tous les gouvernemens l’hommeobéit à son intérêt; mais que son intérêt n’est pas le mêmedans tous. Plus on examine, à cet égard , les mœurs despeuples, plus on s’assure que c'est à leur législation qu’ilsdoivent leurs vices & leurs vertus. Les principes de Mon-tesquieu sur cette question me paroissent plus brillans quesolides.
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