II en est des visirs , comme des chirurgiens ; leur uni-que désir, c’est que l’Etat & le malade n’expirent pointentre leurs mains. Que d ailleurs l’un <k l’autre meu-rent du régime qu’ils prescrivent, leur réputation estsauve ; ils s’en inquiètent peu.
Dans les gouvernemens arbitraires, l’on nes’occupeque du.moment prêtent. On ne demande point aupeuple , industrie & vertu , mais soumillìon & ar-gent. Semblable à l’araignée qui sans cesse entoure denouveaux sils l’insectedonr elle sait sa proie,le íultan ,pour dévorer plus tranquillement ses peuples ( 54 ) >les charge chaque jour de nouvelles chaînes. A - t - ilenfin , par la crainte , suspendu en eux tout mou-vement ; quel secours en attendre contre Tattaqued’un voisin puissant ? Mais le íultan ne prévoir il pasqu’en conséquence lui & les sujets subiront bientôtle joug du vainqueur ? Le despotilme ne prévoir rien.
Toute remontrance l’importune & l’irrite. C’estl’enfant mal élevé ; il mord dans le fruit empoisonné& bat la mère qui le lui arrache. Quel cas sous sonrègne fait - on d’un citoyen vrai & courageux ? C’estun fou qu’ou punit comme tel (55). Quel cas fous cemême règne fait-on d’un citoyen bas & vil (y 6 ) ; C’estun sage qu’on récompense comme tel. I.es sultansveulent-ils être flattés (57) ; ils le font. Qui peut serefuser constamment à leurs désirs î qui peut íous unpareil gouvernement s'intéresser vivement au bonheurpublic ? Seroient-ce quelques sages répandus çà &làdans un empire ; On est sourd à leur conseil. Leurs