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même , d’examiner s’il s’est toujours occupé du bonheurde ses peuples , & si dans toutes ses actions il n’a jamaisconsulté que l’intérêt national. Y fut-il toujours indiffé-rent; il peut être sûr, quelque éloge qu’on lui donne,que son nom sera le mépris de la postérité. La mort est lalance d’Ituriel : elle détruit le charme du mensonge 8c dela flatterie.
Ce que la mort opère sur les sultans, la disgrâce l’opèresur ses visirs. Sont-ils en place ; point d éloges qu’on neleur prodigue, point de talens qu’on leur refuse. En sor-tent-ils ; ils ne font plus que ce qu’ils éto'ient avant d’yparvenir, souvent des hommes communs & fans génie.
p. Le despote, toujours fans prévoyance contre les en-nemis du dehors, pourroit-il se flatter que des peupleshabitués à trembler fous le fouet du pouvoir, assez vilspour se laisser lâchement dépouiller de la propriété deleurs biens, de leur vie & de leur liberté, le défendrontcontre l’attaque d’un ennemi puissant? Un monarque doitsavoir qu'en brisant la chaîne qui lie l’intérêt de chaqueparticulier à l’intérêt général, il anéantit toute vertu : quela vertu détruite dans un empire , le précipite à fa ruine ;que les étaies du trône despotique doivent s’affaisser fousson poids ; qu’uniquement fort de la force de son armée,cette armée défaite, ses sujets, affranchis de toute crainte,cesseront de combattre pour lui, que deux ou trois ba-tailles ont, en orient, décidé du sort des plus grandsEtats. Darius, ^Tigrane, Antiochus, en sont la preuve.Les Romains combattirent quatre cents ans pour subju-guer la libre Italie ; 8c pour se soumettre la servile Asie,ils ne firent que s’y présenter.
6. Pour l’intérèt de sa gloire 8c de sa sûreté, le despotedevroit regarnir comme amis, ces mêmes philosophesqu'il hait, & comme ennemis , ces mêmes courtisans qu’ilchérit, 8c qui, vils flatteurs de tous ses vices, l’excitentaux crimes qui préparent fa chute.