Band 
Tome troisième.
Seite
397
JPEG-Download
 

DE L' H O M M B. 397

trop souvent forcé d’admirer ? on prend , dans ce cas, leparti ou de le quitter, ou de l’estimer peu.

Les grandeurs & les richesses peuvent quelque tempsimposer silence à l’envie ; mais elle s’en irrite en secret.On ne veut pas qu’un homme, déjà notre supérieur ennaissance & en dignité, le soit encore en talens. Cethomme écrit-il comme Frédéric ; on ridiculise en lui letalent d'écrire qu’on admire dans César, Cicéron, &c.On le voit à regret constater son mérite par un bon ou-vrage. Eh quoi ! sa seule conversation ne suffiroit-elle paspour prouver son esprit? non, dans la conversation , lesidées se succèdent très-rapidemen: : on n’a le temps , nide les considérer sous toutes les faces», ni d’en apprécierla justesse. D’ailleurs , le ton , le geste de celui qui parle ,la disposition de celui qui écoute, tout peut en imposer.On est donc toujours en droit de nier un pareil mérite ;on en use, & l’on se console.

Peut-être pour être aimé, fjut-il mériter peu d’estime?toute supériorité attire respect & inimitié. Pourquoi Fai-sabilité rend-elle le mérite supportable? c’est qu’elle lerend un peu méprisable.

Le mérite réservé donne à la fo's une disposition aurespect & à la haine, & le mérite affable , une dispositionà l’amour & au mépris. Qui veut être chéri de ce qui Fen-vironne, doit se contenter de peu d'estime. L’oubli dumérite en est le pardon. Les grands talens font quelquesadmirateurs & peu d’amis. Le voeu secret & général duplus grand nombre, ce n’est pas que l’esprit s’exalte ,c’est que la sottise s’étende.

15. Quel motif fait acheter les feuilles satiriques? lacritique qu’on y fait des grands - hommes , les louangesqu’on y donne aux médiocres. On ne changera point, àcet égard, la nature humaine. Si les Athéniens, dit Plu-tarque, avancèrent û promptement le jeune Cimon aux