Band 
Tome troisième.
Seite
403
JPEG-Download
 

DE L* H O M M È. 405

un monarque. Philippe second travaille à son bureau ; il sesent un besoin ; il appelle, personne ne vient. Son bouffonse met à rire. De quoi ris-tu . dit le toi ? du respect , del'estime & de la crainte que vous inspirez à l’Europe, &du mépris qu'elle auroit pour vous, si vous cessiez d’êtrefort, & que vos autres sujets ne vous servissent pas mieuxque vos domestiques*

; z. ^'enthousiasme de l'équité se fait rarement sentiraux princes. Peu d'entre eux font animés du noble amourde Inhumanité. Dans l'antiquité, le seul Gélon en fournitun exemple. II a horreur des sacrifices humains ; il portela guerre en Afrique, & contraint les Carthaginois vaincusd’abolir ces détestables sacrifices. Catherine arme pareil-lement pour forcer les Polonois à la tolérance. De toutesles guerres, ces deux font peut-être les seules réellemententreprises pour le bonheur des nations. Gélon & Cathe-rine II partageront donc , à cet égard, l’estime de la pos-térité. Veut-on apprécier le mérite des souverains ; qu’onne les juge point fur de petits maux produits par quelquestracasseries domestiques, mais fur les grands biens qu’ilsont ou faits , ou voulu faire à l’humanité. Le désir du bienest rare en eux. Le seul moment où communément lebien public s’opère, est celui où l’intérêt du puissant setrouve conforme à l'intérêt général. Quel instant les roisde France prirent-ils pour rendre la liberté aux sujets &pour affaiblir le pouvoir féodal ? celui où les orgueilleuxvassaux de la couronne marchoient égaux aux souverains*Alors l’ambition des monarques ordonna ^affranchisse-ment des peuples.

Que les princes d’orient ne vantent point leur amourpour l'équité. Qui veut abrutir des sujets, ne les aimepoint. C’est folie de croire que les peuples en seront plusdociles & plus faciles à gouverner. Plus une nation estéclairée, plus elle se prête aux justes demandes d'un go u-

Cc x