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vernement équitable. Qui veut aveugler les citoyens ,veut être impunément injuste. Tels sont, en général, leshommes; & cependant la plupart d’entre eux osent ledire amis de la justice. O ignorance de soi-même! ô hy-pocrisie !
33. Est-il, comme on le dit, des hommes qui sacrifientleur intérêt le plus cher à celui de la justice ? non : mais ilen est qui n’ont rien de plus cher que la justice. Ce sen-timent généreux est en eux l’effet d’une excellente édu-cation. Quel moyen de le graver dans toutes les âmes ? enleur présentant , d’une part, l’homme injuste commeavili, méprisé, & par conséquent comme foible > & del’autre, l’homme juste, comme estimé, honoré, & parconséquent comme fort.
Les idées de justice se sont-elîes, par ce moyen , liéesdans la mémoire aux idées de pouvoir & de bonheur;elles se confondent & n’en forment plus qu’une. Prend onT’habitude de se les rappeler ensemble ; bientôt il n’estplus possible de les séparer. Cette habitude une fois con-tractée , on met de l’orgueil à se montrer toujours juste& vertueux ; & rien alors qu’on ne sacrifie à ce nobleorgueil.
Voilà comme l’amour du pouvoir &de la considérationengendre l’amour de la justice. Ce derni-r amour , il estvrai, est étranger à l’homme : celui du pouvoir , au con-traire , lui est naturel : il est commun à tous , au vertueuxcomme au frippon, au sauvage comme à l’homme policé.L’amour du pouvoir est l’effet immédiat de la sensibilitéphysique ; & le désir de la justice l’effet de l’instruction.En conséquence , c est de la sagesse des lois que dépendla vertu des peuples. Que d’hommes vertueux chez unpeuple où l’on respecte la justice , seroient injustes chezune nation féroce où l’équitá se roi t traitée de foiblesse &de lâcheté ? on n’aime donc point l’équité pour l’équité