de bottes; les fantassins étalent sans souliers etpresque sans babits : ils étaient réduits à se fairedes chaussures de peaux^üe bêtes, comme ils pou-vaient; souvent ils manquaient de pain. On avaitété réduit à jeter presque tous les canons dans desmarais et dans des rivières, faute de chevaux pourles traîner. Cette armée, auparavant si florissante,était rédüite à vingt-quatre mille hommes prêts àmourir de faim. On ne recevait plus de nouvellesde la Suede , et on ne pouvait y en faire tenir.Dans cet état un seul officier se plaignit : « Hé quoi !«lui dit le roi, vous ennuyez-vous d’être loin de«votre femme? Si vous êtes un vrai soldat,.
« vous mènerai si loin que vous pourrez à peine« recevoir des nouvelles de Suede une fois en trois« ans. »
Le marquis de Brancas, depuis ambassadeur enSuede , m'a conté qu’un soldat osa présenter au roiavec murmure, en présence de toute l’armée, uumorceau de pain noir et moisi, fait d’orge et d’a-voine, seule nourriture qu’ils avaient alors, etdont ils n’avaient pas même suffisamment. Le roireçut le morceau de pain sans s’émouvoir, le man-gea tout entier, et dit ensuite froidement au soldat ;«Il n’est pas bou, mais il peut se maDger». Cetrait, tout petit qu’il est, si ce qui augmente lerespect et la confiance peut être petit, contribuaplus que tout le reste à faire supporter à l’arméesuédoise des extrémités qui eussent été intolérablessous tout autre général.
Dans cette situation il reçut enfin des nouvellesde Stockholm ; elles lui apprirent la mort de la
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