DE MOLIERE. 12?
penser qu’il usa d’une complaisance néces-saire. Il s’agissoit d’effacer l’idée d’un comi-quescandaleux, mais reçu et applaudi ; il s’a-gissoit de changer le goût public ; mais il fal-loitparoître s’y prêter avant de le combattre.Ce goût, fondé sur l’habitude , défendu parl’orgueil et la paresse , arrête les nouveautéscomme prohibées ; il faut, pour les faire pas-ser , le sceau du souverain , qui, en ce gen-re , est l’homme de génie. Moliere portoit lasévérité peut-être plus loin que nous ne le fai-sons aujourd’hui. Il y a lieu de penser qu’ilregardoit l’amour comme une foiblesse , ilen eonnoissoit les malheurs par une cruelleexpérience ; on ne trouve point d’amantsdans ses pièces , je parle de ces amants im-pétueux qui excitent un si grand intérêt dansnos pièces modernes. Moliere a senti vive-ment l’amour, puisqu’il fut vivement jaloux ;on ne dira point que Moliere n’a pu peindrece qu’il a pu sentir : mais il ne se sert de l’a-mour que pour faire jouer les autres pas-sions ; il ne le montre que comme une pas-sion secondaire. C’est une ressemblance re-marquable entre Corneille et Moliere : leurbut fut deformerdes citoyens et des hommes;^eur art n’admit point la passion qui les dé-
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