i34 Éloge
qu’il n’a point senti ? Quand on n’est pointému d’une grande action, comment en ren-dre l’imitation supportable ? Il doit peindre ;alors l’émotion ne suffit plus, c’est le senti-ment même qu’il faut éprouver. Il faut avoirla vertu de Pauline, les craintes de Mérope,le courage du vieil Horace, la bonté d’Alva-rès, et la clémence d’Auguste. Il faut éprou-ver tout cela ; il faut l’éprouver tous les jourspendant quelques heures. Quel état que celuioù les leçons de courage et de grandeur sontjournalières, etoùles affections vertueuses de-viennent une habitude ! O mes compatriotes,voilà pourtant ce que vous méprisez ! Etvous, qui vous plaignez d’un préjugé barbare,qui gémissez d’un mépris injuste, arrêtez vosregards sur vous-mêmes , et soyez ce quevous devez être ; vous êtes l’organe des plusgrands génies , c’est par vous que les semen-ces de vertu se répandent : votre art sera no-ble s’il agrandit votre ame, s’il vous pénétrédes leçons que vous donnez. Vous n’êtesplusce que vous étiez dans les temps d’ignoranceoù naquit le préjugé; ces temps sont chan-gés, et si le préjugé subsiste , c’est par vosmœurs que vous devez le combattre. Laissezla corruption aux gens du monde ; faites-les