384 Discours
subsister entre deux corps illustres, et unépreuve des rapports intimes que les sciencesont avec les lettres. C’est donc à tort qu’ona pensé quelquefois que les travaux des scien-ces nepouvoient donner le mérite littéraire»Je m’autorise, Messieurs , de ce concourssingulier et remarquable , pour combattrecette idée.
En effet, que seroient l’éloquence , la poé-sie et l’art précieux d’écrire , sans la connois-sance des faits? Quels sont les objets de vostravaux? l’homme et la nature. Mais si l’his-toire et l’expérience vous font connoîtrel’homme, ce sont les sciences qui l’ont agran-di , et qui l’ont constitué ce qu’il est ; ce sontles sciences qui ont reconnu et approfondila nature. Sans doute l’éloquence et la poé-sie appartiennent à l’homme ; elles naissentavec lui, avec ses passions. Le Sauvage, for-tement remué , peut être aussi éloquent queBossuet ; les Celtes ont été poëtes , et aunord de l’Angleterre les anciennes Musesnous parlent encore dans les poëmes d’Os-sian. Il n’en est pas de même des sciences ,elles ne sont point attachées au physique del’homme : il est né ignorant; les sciencessont des domaines qu’il a acquis. L’esprit hu-main