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VIES DES SAVANTS ILLUSTRES
voiler leurs croyances, dont l'analogie est évidente. Les emblèmes desBabyloniens sont moins connus que ceux des Égyptiens et des Indiens;mais ceux-ci, qui nous ont été transmis, les uns par les Grecs, les autrespar les ouvrages de l’Inde , nous le sont parfaitement.
« Toutefois j’insisterai peu sur ces rapports. Le sujet de la métaphy-sique étant le même pour tous les hommes, il pourrait paraître naturelque plusieurs peuples fussent arrivés séparément au même système dephilosophie religieuse. On pourrait encore concevoir aisément que cespeuples eussent adopté des emblèmes identiques, parce qu’en généralils sont la représentation des êtres qui entourent les hommes le plushabituellement.
« Mais l’identité de constitution politique est plus étonnante et nepeut avoir été produite que par de fréquentes communications. Or, dansl’Inde , le peuple était divisé en quatre castes principales. La premièreétait celle des 'brahmes, qui était la plus respectée et la plus puissante.Ses membres étaient les dépositaires de la science et les ministres de lareligion ou de la loi, et à eux seuls appartenait le droit de lire les livressacrés. La seconde caste était celle des guerriers. Son devoir était ladéfense du pays, et elle avait le privilège d’entendre la lecture des livressacrés. Les marchands composaient la troisième caste, et il existaitautant de subdivisions que d’espèces do commerce. Enfin la quatrièmecaste était formée des artisans, laboureurs et autres gens de bas étage,et il y existait autant de subdivisions héréditaires qu’il y avait de métiersou d’espèces de travaux.
« Cette distribution sociale, qui ne peut avoir été établie que par ungénie puissant et à l’aide de moyens extraordinaires, se retrouve enÉgypte avec une parfaite conformité. Les prêtres égyptiens, dépositairescomme les brahmes des sciences et de la religion, employaient de plus,comme eux,.une langue particulière, dont la connaissance leur avaitprocuré une haute considération; leur réputation était même si étendue,que chez toutes les nations on a vanté la sagesse de ces prêtres. Ceque nous savons de la constitution politique des Babyloniens est aussien rapport exact avec l’organisation de la société indienne.
« La forme pyramidale des anciens monuments de ces trois peuplesprouve peut-être encore mieux que la conformité de leur organisationreligieuse et politique les relations qu'ils ont entretenues ensemble oula communauté de leur origine, car rien n’est moins fixe, rien n’est plusarbitraire que la forme d’un édifice : il serait impossible d’admettre quela ressemblance de cette forme fût le résultat du développement natureldes facultés humaines.
« Enfin les trois peuples se ressemblaient par leur position géogra-phique. Ils étaient établis dans de vastes et fertiles plaines, près degrands fleuves favorables à la circulation commerciale (I). »
Un peu plus loin, Cuvier ajoute, pour conclure :
« Continuellement arrêtées dans l’Orient par les irruptions des bar-bares, les sciences ne purent s'y développer. Elles ne se trouvèrent dansdes conditions favorables à leurs progrès que lorsqu’elles eurent pénétré
(1) T. I, 2 e leçon, p. 23-2fi.