ECOLE D’ALEXANDRIE
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Plotin et sa doctrine remplissent près de la moitié du premiervolume de l'ouvrage de M. Yacherot.
« Quand Plotin avait médité, dit M. Vachcrot, la pensée jaillissait deson esprit avec line abondance et une force telles qu’il écrivait sa com-position tout d’un trait, et semblait ne faire que transcrire d’un livre cequ’il avait pensé. Il était beau, surtout quand il parlait. Alors l’intelli-gence semblait s’échapper des profondeurs de son âme, pour se réfléchirsur son visage, et l’illuminer de ses divins rayons. L’inspiration coulaitde son front comme une rosée céleste (1). »
Mais quel fruit retirait-ou de ses leçons? M. Yacherot va ledire, ou du moins le faire entendre :
« La pensée de Plotin est tantôt abstraite comme une théorie d’Aristote ,tantôt éclatante et animée comme un récit de Platon ; tour à tour sècheet surabondante, impétueuse et embarrassée; toujours forte, concise etsubstantielle. Son style est l’image dosa pensée, obscur, difficile, incor-rect, hérissé de formules, mais éblouissant de métaphores, plein de vieet de mouvement (2). »
Aristote , Théophraste et Platon n’auraient pas voulu êtreloués de cette manière.
C'est du même rêveur que M. Jules Simon écrit :
« Plotin rougissait d'avoir un corps (3). »
Il y a à Charenton des victimes du spiritisme et des tablestournantes, qui s’expriment de la même façon, et on ne lesqualifie pas du titre de philosophes !
Plotin avait beaucoup lu Platon . Passionné pour le plan desa République, il voulut, dit-on, le réaliser. Il proposa même,selon M. J. Simon, à l’empereur Gordien de relever une an-cienne ville de la Campanie , de la nommer PIatonopolis , et dela peupler de philosophes (4). Il avait, d’ailleurs, étudié l’astro-nomie, l’arithmétique, la géométrie, la musique, la mécanique.Il avait lu Aristote et ses commentateurs. C’était un hommeinstruit, mais dont l’imagination, trop exaltée, finit par seperdre dans une métaphysique à outrance.
(1 ) Tome I, p. 362.
(2) Tome I, p. 364.
(3) Histoire de l'École d’Alexandrie, 1.1, p. 207.(1; Ibidem, t. I, p. 208.