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TABLEAU DE L’ÉTAT DES SCIENCES
préparée à la recevoir. Déjà, au treizième siècle, Roger Bacon avait conçu, comme nous l’avons raconté dans la biographie decet homme illustre, un vaste plan de réforme scientifique,fondé sur l’expérience, le raisonnement et l’observation. MaisRoger Bacon était venu trop tôt. Le malheureux auteur deYOpus tnajus fut cruellement persécuté, et son ouvrage, dontil avait adressé une copie au pape Clément IV , demeura jus-qu'au dix-huitième siècle enseveli dans la bibliothèque duVatican . C’est que les idées du savant moine d’Oxford antici-paient considérablement sur le temps. Elles ne pouvaient êtrecomprises et accueillies qu’après une grande réforme réaliséedans l’ordre religieux, et l’époque était encore très-éloignéeoù cette réforme devait s’accomplir.
Quatre cents ans après, au dix-septième siècle, la civilisa-tion de l’Europe avait beaucoup gagné. A la vérité, l’inquisition,dans les pays où elle existait encore, continuait à sévir de tempsen temps contre les novateurs; mais sous l’influence d'idéesplus favorables au progrès des sciences et au développementdes arts, son pouvoir allait s’affaiblissant tous les jours. Dansles universités, la vieille scolastique était peu à peu abandon-née. Des correspondances suivies s’établissaient entre leshommes d’élite, créant un échange continuel d’idées, qui bientôtmises en circulation, entraient dans le domaine commun de lascience. En Italie , en Erance, en Allemagne , en Angleterre,dans les Pays-Bas , le niveau intellectuel s’élevait ainsi peu àpeu, dans toutes les classes lettrées.
Dans cette période, d’ailleurs si féconde en talents supé-rieurs de tout genre, quatre hommes qui ne se ressemblaient nipar le génie, ni par le caractère, et qui étaient nés dans despays différents, contribuèrent puissamment à la restaurationdes sciences. Ce furent: en Allemagne , Jean Keppler; en Italie ,Galilée ; en Erance, Descartes ; en Angleterre, François Bacon.
Keppler était né avec un génie capable de s’élever, par laconsidération des détails, aux vues les plus générales. Sonesprit encyclopédique s'était formé par des lectures immenses.Si, doué d’une imagination moins aventureuse, il se fût bornéà étudier la nature par fragments isolés, il eût peut-être évitéune partie des erreurs dans lesquelles il est tombé, et il eût dé-couvertungrandnombre de faits de détails ; mais il n’eùt jamais