JEAN KEPPLER
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à l’école élémentaire de Léonberg. Son père servait alors dansl'armée que le duc d’Albe dirigeait contre les Pays-Bas .
Malheureusement, lorsque Henri Iveppler rentra dans sesfoyers, la banqueroute d’un ami, pour lequel il avait eu l'im-prudence de donner sa garantie, entraîna sa ruine complète.Bans cette situation, ce qui dut l’occuper le plus, ce fut depourvoir à la subsistance de toute sa famille : il ouvrit uncabaret près du village d’Ermendingen.
Henri Keppler avait une fille et trois garçons. Il maria safille, nommée Marguerite, à un ministre protestant. De sesdeux fils aînés, l’un devint soldat, l’autre fondeur d’étain.Quant au dernier, Jean Keppler, son père le retira de l’écolede Léonberg et le prit avec lui pour le seconder dans le servicede l’auberge. Là, depuis le matin jusqu’au soir, le jeune Kepplerfut occupé à servir les buveurs, quand il en arrivait. Tel fut lepremier apprentissage de celui qui devait formuler les troisgrandes lois mathématiques des mouvements des corps célestes.
L’enfance du jeune Keppler se passa, jusqu’à l'àge de douzeà treize ans, dans le cabaret de :-on père. Les propos des bu-veurs, qui d’ordinaire ne se distinguent point par l’élégance etla pureté du langage, furent les seules leçons de morale et degoût qu’il reçut durant cette période, si importante pour l’édu-cation. Son père et sa mère s’entendaient mal entre eux. Ilsmanquaient sans doute des qualités nécessaires pour réussirdans la profession de cabaretier, car leur petit commerce neprospérait pas, et il vint un moment où il fallut songer sérieu-sement à prendre un parti. Le père, Henri Keppler, s’engageacomme soldat dans une armée autrichienne qui allait combattreles Turcs, et depuis ce jour on n'entendit plus parler de lui.La mère, qui était d’un caractère dur, tracassier et sans aucunesprit d’ordre ou d’économie, dissipa toutes les ressources de lafamille, et rendit son jeune fils très-malheureux.
Le pauvre enfant n’échappa que difficilement à une maladietrès-grave, dont il fut atteint à l’àge de treize ans. Pendantplusieurs jours, on le crut perdu. Les soins affectueux lui man-quaient sans doute, car sa mère et ses deux frères, véritablesvauriens, ne l’aimaient point. Cependant, grâce aux bons soinsde sa sœur Marguerite, qui le prit auprès d’elle, il recouvra lasanté.