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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Mais le ministre protestant, mari de Marguerite, ne voyaitpas de bon œil, dans sa maison, la présence de son jeunebeau-frère. Il ne le renvoya pas de chez lui après la gué-rison; seulement, pour l’accoutumer de bonne heure sans douteà gagner son pain, il l’employa aux travaux des champs. JeanKeppler n’avait fait que changer de servage : il n’était plusvalet d’auberge, mais il était garçon de ferme.
On ne tarda pas cependant à s'apercevoir que les fatigues dulabourage étaient au-dessus des forces d’un adolescent au tem-pérament faible et maladif. On changea donc de dessein à sonégard. En le voyant maigre, pâle, épuisé et se traînant à peine,on éprouva pour lui un sentiment de commisération, et on sedécida à le préparer à la carrière théologique. La théologieétait alors, en Allemagne , une profession, comme chez nousl’état ecclésiastique.
En 1580, Keppler, alors âgé de dix-huit ans, entra à l’écolede l’ancien monastère de Maulbronn , qui, depuis la réforme,servait d’institution préparatoire à l’Université de Tubingue. Ildevait s’y préparer à la théologie. Son éducation, qui jusque làavait été fort négligée, comme on vient de le voir, se fit auxfrais du duc de AVirtenberg. f
Malgré son application, le jeune Keppler ne put d’abord par-venir qu’à grand’peineà plier son esprit, encore inculte, à desefforts soutenus. Les succès ne furent au commencement quedouteux et médiocres. Il ne figura pas au premier rang dansl’examen auquel il fut soumis à Tubingue , pour obtenir letitre de bachelier. “ Cette distinction, dit Arago, fut décernéeà John Hippolyte Brentius, dont le nom à ce que je pense,n'est compris dans aucun dictionnaire historique. »
Cependant les facultés intellectuelles du jeune Keppler, sti-mulées par l’esprit de controverse, sortirent de leur engour-dissement. Notre séminariste passa bientôt à l’Université deTubingue. Malheureusement, il eut l’imprudence de se mêleraux luttes passionnées de la théologie. Il se laissa aller à com-poser des brochures contraires à l’orthodoxie protestante, cequi le fit juger indigne de tout avancement dans la hiérarchieecclésiastique.
Le pauvre jeune homme était menacé d'être rejeté, une foisencore, dans les plus graves embarras du présent et de l'avenir ;