JEAN KEPPLER
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liait florin par florin. Cette humiliante dépendance, qui heureu-sement ne fut pas de longue durée, l'avait beaucoup aigri.Aussi écrivait-il à ses amis :
« Tout ici est incertain. Tycho est un homme dur, avec lequel on n«peut vivre sans être exposé sans cesse à de cruelles insultes. »
Tycho-Brahé étant mort l’année suivante (le 24 octobre1601), Keppler hérita de sa position et fut nommé astronomede l’empereur d’Allemagne , Rodolphe-II . 11 s’établit dans laville de Linz , en Autriche : un traitement de 1,500 florinsétait attaché à son emploi.
Sa position eût été fort belle si ses appointements eussentété payés régulièrement. Mais les ordres de l’empereur étaienttrès-mal exécutés sur ce dernier point. Aussi Keppler écri-vait-il :
« La solde est brillante à la vérité; mais les caisses sont vides, et jeperds mon temps à mendier à la porte du trésorier de la couronne. »
Ce qui aurait pu le consoler de tant de déceptions, c’estqu’en succédant à Tycho il avait été mis en possession de tousles registres de son observatoire, avec la faculté de disposerlibrement des immenses recueils d’observations de l'astronomedanois. Sans le secours de ces documents inestimables, Keppler ne fût peut-être jamais parvenu à découvrir le secret des vraismouvements planétaires, et sous ce rapport, la postérité devraune reconnaissance éternelleà l’astronome danois, qui avait re-cueilli. dans sa longue carrière, ces précieux matériaux.
Keppler n’avait d’autre moyen d’existence que le traitementattaché à son emploi d’astronome de l’empereur Rodolphe,et les faibles sommes qu’il retirait de la vente de ses almanachs,accompagnés de prédictions astrologiques. Comme nous l’avonsdit, tous les biens de sa femme avaient été perdus par la venteforcée qu’il avait dû en faire, à bref délai, à son départ deStyrie .
Sa femme elle-même, cette belle Barbara de Muller qu’il avaitépousée par amour, ne lui donnait, par son état de santé, quede cruels sujets d’inquiétude. Elle devint épileptique d’abord,et folle ensuite. Il la perdit en 1611, après avoir vu mourir