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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
trois de ses enfants. Quelle triste destinée ! Et pourquoi faut-ilque l'histoire nous montre toujours les plus beaux génies enproie, pendant leur court passage en ce inonde, aux plus ter-ribles coups de l’adversité !
A tant de malheurs qui l’accablaient, venaient se joindre desennuis qu’il aurait facilement combattus sans doute, s’ils eussentété seuls, mais qui, s’ajoutant à toutes ses tortures morales, encomblaient la douloureuse mesure. C’était d’abord l’empereurRodolphe, qui voyait d’un mauvais œil son astronome patentése laisser absorber par la science pure et consacrer à ses cal-culs un temps qu’il aurait dû employer à des pronostics astro-logiques. C’étaient une foule de seigneurs et de barons, avidesd’horoscopes, et qui le fatiguaient de leurs obsessions. Malaccueillis dans leurs demandes continuelles de prédictions as-trologiques, les courtisans de Rodolphe II ne cessaient de dé-blatérer contre le gros traitemen t alloué à Keppler .
Ce traitement, que l’on reprochait à Keppler , était d’ailleursfort mal payé. Les arrérages qui lui étaient dus en 1013, semontaient à douze mille écus. Même lorsqu’il voyageait à lasuite de l'empereur, il n’avait pour vivre que le produit de sespetits almanachs, qu'il faisait vendre, ou qu’il vendait lui-même, et des quelques horoscopes qu’il consentait à tirer pourles seigneurs de la cour. Voilà le rôle que les caprices de lafortune et l’ignorance des hommes assignaient à l’un des plusgrands génies des temps modernes !
Keppler conserva son emploi sous l'empereur Mathias, suc-cesseur de Rodolphe II . En 1013, il fut appelé à la diète deRatisbonne pour régler la correction du calendrier grégorien.Il plaida la cause de la réforme grégorienne, et l’on sait qu’ilparvint à la faire triompher.
Ce fut pour l’aslronome de Linz un moment de bonheur, unelueur de gloire, que d’avoir attaché son nom à une réforme quifera époque dans les annales de la civilisation. Mais, à sonretour de Ratisbonne , sa vie recommença à être troublée parles contrariétés, par les chagrins et par la misère. Ses appoin-tements d’astronome de la cour étaient toujours mal payés,ou même ne l’étaient pas du tout, et ses moyens d’existence,qui consistaient, comme nous l’avons dit, dans la vente de sesalmanachs, devenaient de plus en plus précaires. Il se vit donc