JEAN KEPPLEIÎ
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Il est certain que, sans l’intervention de Keppler et la con-sidération qu’inspirait son mérite, la pauvre femme auraitsubi le dernier supplice, car les griefs qu’on alléguait contreelle avaient suffi pour faire allumer bien d’autres bûchers,même dans l’Allemagne protestante et savante. CatherineKeppler avait, d’ailleurs, aggravé sa position par son attitudehautaine devant le tribunal. Outrée de l’impertinente absurditédes questions qui lui avaient été adressées par le juge, elles’était faite accusatrice à son tour, et avait reproché avecmépris, à ce juge lui-même, sa fortune mal acquise.
La sentence fut enfin prononcée. Elle portait que la mèrede Keppler ne serait pas appliquée physiquement û la torture,mais qu'elle la subirait moralement.
Conformément à la décision des juges, le bourreau terrifiala vieille femme en lui présentant, pièce par pièce, les instru-ments de torture, le chevalet, les fers rouges, l’estrapade, etc.,et en lui expliquant, en même temps, leur mode d’action etl’accroissement progressif des douleurs. Les procès de sor-cellerie se terminaient quelquefois par ce moyen comminatoire.L’accusé, tout en étant absous, devait rester sous l’impressionde la terreur des supplices.
La vieille femme résista avec énergie à tous ces moyensd’intimidation. Elle fit cette dernière déclaration : « Je diraisau milieu des tourments : Je suis une sorcière, que ce seraitun mensonge. »
La mère de Keppler put donc enfin sortir de prison. Ellemourut deux ans après.
Keppler, de retour à Linz , ne put remonter dans sa chaire.L’accusation de sorcellerie portée contre sa mère et le longprocès qui s’en était suivi avaient laissé contre lui les plus dé-favorables impressions. Ses ennemis l’accablaient publiquementde l’injurieuse épithète de fils de sorcière. Telle était la forcedes préjugés et de l’ignorance de ces temps, qu’il ne pouvaitsortir de chez lui sans être exposé aux plus graves insultes. Ilfut donc obligé de quitter la ville.
Sans aucun moyen d’existence, qu’allait devenir le malheu-reux Keppler, avec sa femme et ses enfants? Quelques amislui procurèrent les ressources dont il avait besoin pour quitterla ville de Linz . Vingt ans auparavant, sa vie avait été troublée,