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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
en Styrie , par les guerres de religion, et il avait été obligé d’a-bandonner sa chaire de Graetz. C'était maintenant la haine contrela prétendue sorcellerie qui le chassait de l’Autriche . En par-tant de Linz , il écrivait, avec amertume, à un de ses amis :
„ Où me réfugier maintenant? Dois-je chercher une provincedéjà dévastée, ou une de celles qui ne tarderont pas à l’être? (li »
Bien que protestant très-zélé (il l’avait prouvé par sa con-duite à Graetz), Keppler entretenait, comme savant, des rela-tions très-amicales avec les jésuites les plus distingués de leurordre. Les jésuites, beaucoup plus instruits, à cette époque,que les autres corps religieux, savaient parfaitement séparerla religion de la science. Quelle que fût la croyance d’un savant,ils vivaient en paix avec lui, et le soutenaient même au besoin,pourvu qu’il n’attaquât point leur ordre.
« Pourquoi Galilée ne s’est-il pas ménagé les bonnes grâces de nospères! écrivait le P. Gremberger, jésuite, mathématicien du collège-Romain. Rien de désagréable ne lui serait arrivé. Il brillerait triomphant,glorieux et grand aux yeux du monde. Il écrirait tout ce qu’il voudraitmême sur le mouvement de la terre, et nul ne l’inquiéterait. »
Le général Wallenstein, qui avait été l’un des lieutenants del’empereur Rodolphe, avait obtenu, à titre suzerain, le duchéde Mecklenbourg . Al’instigation des pères jésuites , Wallenstein fit ajouter au décret d’institution de son duché un article quiassurait l’avenir de Keppler en l’attachant à son service et enstipulant que l’arriéré des appointements qui lui étaient dus, ensa qualité d’astronome de l’empereur Mathias, lui seraient payés.
Keppler entra donc à la cour du général Wallenstein , commeastrologue officiel. Mais, séparé de sa femme et de ses enfants,qu’il avait laissés en Autriche , il ne pouvait s’accoutumer à la vietumultueuse et désordonnée des camps. D’ailleurs, bien que d’uncaractère doux et facile, il avait trop le sentiment de sa supé-riorité pour se plier aisément aux caprices d’un maître impé-rieux et hautain, qui voulait, comme dit Schiller dans son dramede Wallenstein, « faire prévaloir sa volonté jusque dans leciel ». Le général ne tarda pas à s'apercevoir que Keppler avaitpeu de foi dans le langage des astres, et que, dans ses pronostics,