JEAN KEPPLEK
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lorsque, s’efforçant d’ouvrir à l’esprit humain une voie nou-velle, ils abordent, pour la première fois, dans le domaine infinide la nature, un terrain que nul encore, avant eux, n’avaitexploré. Nous nous croyons aujourd’hui bien éclairés; mais,dans la suite des temps, que d’erreurs et de préjugés dont noussommes peut-être loin de nous douter, nous seront reprochéspar nos descendants! « Les erreurs de Keppler, dit Bailly, ontété grandes, mais elles ont été au-dessus de son siècle, ellescaractérisent encore un homme supérieur. »
Bans l’ouvrage même dont nous parlons, Keppler s’était posécette question : « N’y aurait-il pas dans le soleil une âme mo-trice agissant sur les planètes avec une force proportionnelle àleur éloignement, et le mouvement, de même que la lumière,ne serait-il pas dispensé par le soleil? » Cette comparaison,qu’établit Keppler entre la force motrice et la lumière du soleil,11’est-elle pas une idée grande et féconde? La lumière et laforce agissent instantanément et en ligne droite, à de grandesdistances; leur intensité diminue à mesure que la distance àleur centre d’action augmente; la lumière s’affaiblit en s’éloi-gnant du corps lumineux, parce quelle se propage en rayonsdivergents qui forment des cônes, et que les bases de ces cônes,s’agrandissant de plus en plus à partir du sommet, il en résulteque la même quantité de lumière se trouvant distribuée sur unplus grand espace, doit avoir nécessairement moins d’éclat,moins d’intensité. Keppler touchait, pour ainsi dire, à la loide la raison inverse des carrés des distances, et aujourd’huique nous la connaissons, nous sommes étonnés que son géniemathématique ait pu passer tout à côté sans l’apercevoir. Cettebelle découverte était réservée à Newton.
Le Prodrome ou Mystère cosmograpkique renferme un cha-pitre où Keppler fait vivement ressortir la simplicité des mou-vements célestes dans le système de Kopernik , et leur inextri-cable complication dans les systèmes de Ptolémée et de Tycho,ce qui montre qu’à l’âge de vingt-cinq ans il était déjà for-tement persuadé que le système de Kopernik était le plus vrai.
Keppler blâme énergiquement le tribunal qui a osé mettre àl’index les écrits de l’illustre chanoine de Thorn. « Quand on aessayé, dit-il, le tranchant d’une hache contre le fer, elle nepeut plus servir même à couper du bois. »