SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
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et vraies, et des traits de génie, mêlés quelquefois avec desidées et des opinions fortement empreintes de tous les préjugésde cette époque.
Bien qu'elle ne soit pas exprimée dans l’ouvrage sur l’optiquequi nous occupe en ce moment, c’est peut-être ici le lieu demontrer que Keppler a connu et peut-être inventé la chambreobscure, dont on fait généralement honneur au physiciennapolitain, J.-B. Porta.
J.-B. Porta avait signalé, comme nous l’avons dit dans le vo-lume précédent de cet ouvrage, l’image renversée qui vient sepeindre au fond d’une chambre maintenue dansl’obscurité, quandon perce un trou dans le volet exposé au soleil. Mais le phéno-mène ne pouvait prendre l’intensité qu’on connaît, et la véri-table chambre obscure être créée, sans une lentille que l’on en-châsserait dans le trou du volet exposé au soleil. Or, J.-Ii. Porta,pas plus que Corneille Agrippa , qui a parlé de ce phénomènedans les mêmes termes que Porta, ne disent rien de la lentillequi accroît si prodigieusement les effets de la chambre noire.Au contraire, on trouve cet instrument mentionné comme uneinvention de Keppler dans une lettre d’un de ses contempo-rains.
Cette lettre, qui n’a été retrouvée et publiée qu’en 1858,était adressée à François Bacon par sir Henri Wœlton. Elle estainsi conçue :
« J’ai passé une nuit à Linz , la métropole de la haute Autriche ... J’yai trouvé Keppler , homme fameux dans les sciences, comme votre Sei-gneurie le sait, à qui j’ai proposé d’adresser un de vos livres, afin qu’ilvoie que l’Angleterre possède des hommes capables d’honorer leur sou-verain, comme il honore le sien par ses llarmoniœ muncli. J’ai vu, dansson cabinet, un dessin de paysage sur papier qui m’a beaucoup intrigué,et qùi était fait de main de maître; je lui ai demandé qui l’avait fait. Ilm’a répondu par un sourire tel que j’ai dû conclure que c’était lui;et il se hâta d’ajouter qu’en faisant ce dessin, il n’avait pas agi enpeintre, niais en mathématicien. Ceci me plaça sur le gril. 11 m’appritenfin qu’il avait une petite tente portative (de quelle matière, celaimporte peu) qu’il peut établir spontanément en pleine campagne, où illui plaît, qui tourne comme un moulin à vent, qui peut regarder tour àtour tous les points de l’horizon, exactement fermée et sombre, à l’ex-ception d’un petit trou d’un pouce et demi de diamètre. A ce petit trou setrouve adapté un long tube perspectif avec un verre convexe appliqué àcelle de ses extrémités par laquelle il entre dans le trou, avec un verreconcave à l’autre extrémité, qui pénètre dans l’intérieur de la tente,presque jusqu’au milieu, et par lequel les radiations visibles de tous les