JEAN KEPPLER
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entraîner volontiers vers tout ce qui flatte, je te prie de dé-montrer dans mon hypothèse tout ce que tu aurais à cœur dedémontrer dans celle de Kopernik (1). »
Mais Keppler, après la mort de Tycho, mis en possession deson précieux recueil d’observations, et continuant à méditersur le système de Kopernik , fit bientôt des découvertes quil’éloignèrent de plus en plus du système éclectique de Tycho. Ona vu, d’ailleurs, précédemment, que la vie de Keppler était con-tinuellement troublée par ie soin de pourvoir à la subsistancede sa famille. Le travail des Tables n’avançait qu’avec beaucoupde lenteur. A la fin, les héritiers de Tyclio, qui devaient par-tager le prix de ce travail, se plaignirent de ce que Keppler ,au lieu de songer à la publication des Tables, emploj'ait sontemps à des recherches de physique et à de vaines spéculations.Un ancien ami des enfants de Tyclio, Longomontanus , se fitl’interprète de leurs plaintes et de leurs reproches. Fils d’unlaboureur danois, Longomontanus , en travaillant à la culturedes champs, s’était passionné pour l’étude du ciel, et avait étéreçu, en 1589, parmi les disciples de Tyclio-Brahé. Il de-vint un habile observateur et un astronome célèbre. Mais,fidèle aux premières impressions, dit Bailly, il conserva lesopinions de son maître. Comme il avait suivi Tycho à Prague ,il connut Keppler , se lia intimement avec lui, et bien qu’il luifût très-inférieur en science et en génie, il se maintint à sonégard sur le pied d'une parfaite égalité.
Interprète des héritiers de Tycho, Longomontanus écrivit àKeppler une lettre dans laquelle, après l’avoir qualifié d 'hommetrès-docte et de vieil ami , il l’accusait de porter un zèle exa-géré dans la réfutation des théories de Tycho, de se laisserdistraire des occupations de sa charge par la passion de toutcritiquer, et de briser, en attaquant les travaux de ses amis,les liens d’affection qui les unissaient à lui.
« Si mes occupations me l’avaient permis, continue Longomontanus ,j’aurais été à Prague exprès pour m’en expliquer avec toi. Mais de quoidonc t’applaudis-tu tant, mon cher Keppler?... Tout ton travail repose
(1) « Quceso te,mi Joannes, ut quando quod tu soli pellicienti, ego ipsis planetisultro affectantibus, et quasi adulantibus tribuo, velis eadem omnia in mea demons-trave hypotliesi, quæ in Coperniana declarnre tibi est cordi. » Gassendi , de Vita Ty-chonis, lib V, p. 208.