GALILÉE
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de la couronne de France s’inclinait devant le génie d’un savantétranger, et sollicitait humblement son attention !
Galilée publiait à Padoue un ouvrage périodique le Nuntiussidereus {Courrier céleste), destiné à faire connaître ses obser-vations astronomiques, et il recevait, à cette occasion, une foulede lettres de tous les pays.
La suivante, que Galilée écrivait à Keppler , contient unepeinture plaisante et vraie de l’esprit de satire des collègues duprofesseur de Padoue .
« O mon cher Keppler, écrit Galilée , combien je voudrais que nouspussions nous épanouir la rate un instant ensemble! Ici, à Padoue estle principal professeur de philosophie, que j'ai à plusieurs reprises ins-tamment pressé de regarder la lune et les planètes avec mon verre • cequ’il a absolument refusé de faire. Que n’étes-vous ici ! Que cette glo-rieuse folie serait une bonne fortune pour vous! Qu’il sciait amusant devoir ce professeur à Pise , se démener, à grands frais de logique, devantle grand duc, pour conjurer les nouvelles planètes et les faire dispa-raître comme par enchantement ! »
Galilée était peu ménagé par ses détracteurs, mais il 11es’en souciait guère. Plusieurs d’entre eux niaient ses décou-vertes, avec un aplomb comique, dont le spirituel et malinphilosophe s’amusait beaucoup. Tel était Christman, qui s’expri-mait ainsi, dans l’appendice à son ouvrage le Nœud gordien.
« Gardons-nous de penser que Jupiter ait quatre satellites, qu'il tientde la nature pour immortaliser, en tournant autour de lui, le nom desJlédicis qui, les premiers, ont eu avis de l’observation. Ce sont là desrêves d'hommes oisifs, qui aiment mieux les idées plaisantes que notrelaborieuse et consciencieuse étude du ciel. »
O11 pense bien que Galilée était, comme Keppler , obsédé parles astrologues et les faiseurs d'horoscopes, qui le pressaientd’assigner le genre d'influence dévolu aux astres récemmentdécouverts. Pans une lettre qu’il adresse à son ami Dini,il raconte ce qu’il répondit à un de ces impatients amateurs.
« Je dois, dit-il, vous raconter ce que, pour me débarrasser de ses fati-gantes importunités, je répondis, il y a quelques jours, à un de ces tireursd’horoscope, qui croient que Dieu , en créant le ciel, n’eut pas d’autrepensée que celle dont ils sont eux-mêmes capables. Il m’assurait que sije ne lui révélais pas l’influence véritable des planètes des Médias, il lesrejetterait et les nierait comme inutiles et superflues... Je lui répondis qu’il