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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
n’avait qu’à faire la revue des cent ou mille opinions qui avaient pu luipasser par la tète dans le cours de sa vie, et surtout qu'à bien examinerles événements qu'il avait prédits à l’aide de Jupiter; et s’il trouvait quetous ces événements s’étaient réalisés suivant ses prédictions, je lui con-seillais de continuer gaîment ses prédictions selon les règles ancienneset accoutumées, l’assurant que les nouvelles planètes n’affecteraient nul-lement les choses déjà accomplies, et qu’à l’avenir il ne serait pas moinsheureux exorciste qu'il ne l’avait été jusque là. Mais s’il trouvait, au con-traire, que les événements qui dépendent de Jupiter n’ont pas répondu,dans quelques circonstances particulières de peu d’importance, à sesdogmes et à ses pronostics, il devait chercher à construire de nouvellestables pour calculer la constitution de quatre satellites à chaque instantécoulé, et peut-être, d’après la diversité de leurs aspects, parviendrait-il,à force d'observation, à découvrir la variété des influences qui dépendentde ces nouveaux astres... »
Il termine ces conseils, pleins de finesse et d’ironie, donnésà l’astrologue, par quelques paroles plus sérieuses ;
« Il est, lui dit-il, bien plus honorable et plus digne d’éloges de dé-couvrir, par ses études, par ses observations, par ses travaux, quelquechose d’admirable et de neuf parmi les innombrables secrets cachés dansle sein de la nature, ou dans les profondeurs de la philosophie, que deconsumer une vie indolente et passive à ravaler les inventions et les dé-couvertes qui ont été le fruit des plus pénibles travaux, et à crier bienhaut, comme pour excuser son inaptitude et sa propre inertie, qu’il n’estplus possible de rien ajouter aux découvertes déjà faites. »
Dans un écrit intitulé Essai, qui fut ajouté aux dernièreséditions du Courrier céleste, Keppler parle de Galilée , son ami,avec une telle admiration et dans des termes tels, que les élogesqu’il lui donne furent pris dans un sens ironique par quelques-uns des nombreux détracteurs du philosophe toscan, entre au-tres par Mœstlin. Ce fut à ce propos que, dans la préface d’unenouvelle édition du même Essai, Keppler dit :
« Quelques personnes auraient voulu que j’eusse parlé en termes plusmesurés à la louange de Galilée , en considération des hommes distinguésqui sont opposés à ses opinions; mais je n’ai pas su me déguiser; je leloue pour moi-même, je laisse libre le jugement des autres. »
Keppler déclare à Galilée , dans une de ses lettres, qu’il aune entière confiance dans sa véracité, mais que, pour discuteravec ses adversaires, il voudrait avoir à citer quelques témoi-gnages dont il pût au besoin se prévaloir à l’appui de son opi-nion. Galilée lui fit la réponse suivante :