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suites, n’eut pas livré facilement aux vengeances de l’inqui-sition un professeur de son Université.
Ce fut vers le milieu de septembre 1610 (1) que Galilée quittaPadoue , pour aller se fixer à Florence . Sagredo et Sarpi, sesamis, essayèrent inutilement de lui faire sentir l’imprudencequ’il commettait en quittant un pays libre, où il jouissait, depuisdix-huit ans, de l’estime et de la faveur des chefs du gouverne-ment, pour aller se mettre à la merci d’un jeune prince, in-constant et faible, dans un pays où trônaient les jésuites, dontil n’était pas aimé.
Sarpi, quelque temps après, ayant appris que Galilée allaitse rendre à Rome , pour essajmr de convaincre ses adversaires,pressentit que la question du mouvement de la terre ne tarde-rait pas à devenir pour lui une affaire de religion, et que, pouréchapper à l’excommunication, l’astronome florentin seraitforcé de se rétracter. Il lui écrivit donc, à ce sujet, une lettreremarquable et pleine de bons conseils, qu’on trouve dansl’ouvrage de Venturi.
Galilée ne pouvait quitter sans regret Padoue et Venise , oùil avait passé vingt ans d’une carrière glorieuse.
« 11 y avait joui, dit M. Trouessart , dans une excellente notice sur .Galilée , de la plus grande liberté philosophique. Il y laissait des amisd'un précieux commerce, entre autres Fra l’aolo Surpi, Fra FulgenzioMicanzio, et ce brillant et spirituel sénateur, Francesco Sagredo , dont ila consacré la mémoire dans ses dialogues. Au témoignage de leur vif etamer regret de le perdre, ils joignirent leur pressentiment des dangersauxquels allaient l'exposer*, dans un pays entièrement soumis à l’inqui-sition romaine, ses opinions bien connues et l’ardeur qu’il mettait à lespropager et à les défendre. Mais Galilée aimait Florence, et il était fatiguéde vingt années d’enseignement. La république de Venise payait bienceux qui la servaient, mais elle voulait être servie et n'admettait pas lessinécures. Cependant Galilée avait besoin de loisir, olium cuin dignitate,pour vaquer librement uses observations astronomiques et pour acheverla composition de ses grands ouvrages qu’d n’avait encore qu’ébau-chés (2). u
C’était à Padoue , qu’au moyen de son télescope, Galilée avaitobservé, pour la première fois, les aspérités du globe lunaire, la