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SAVANTS I)ü DIX-SEPTIÈME SIECLE
<■ Enfin l’infortuné priait humblement ses .juges de prendre en consi-dération ses soixante-dix ans, et en pitié les infirmités de son corps, lestourments de son esprit depuis dix mois, les souffrances de son voyage etles calomnies dirigées par ses ennemis contre son honneur et sa réputation.
« Certes, l’humiliation du grand homme était bien profonde et biencomplète. Il y avait dans cette soumission poussée jusqu’à l’abdicationdes plus énergiques convictions du savant et dans ces supplications del’homme vaincu par la souffrance et la crainte du bûcher, de quoi désar-mer les plus ardentes colères (1). »
Tous les jours Galilée écrivait à l’ambassadeur, et celui-cilui répondait. On ne s’occupait encore qu'à chercher pourquoile maître du sacré palais avait donné la permission d’imprimer,sans que Sa Sainteté, du moins à ce qu’elle disait, en eût rien su.
Galilée écrit bientôt à l’un de ses amis de Florence , Boc-cherini, qu’on va traiter son affaire dans un profond secret. Ilhabite, au Saint-Office, l’appartement du fiscal. Il y jouit d’uneentière liberté de mouvements. Il peut se promener dans toutel’étendue du palais. Il se porte bien, « grâce à la bonne chèrequi lui est envoyée de l’ambassade par l’exquise courtoisie del’ambassadeur et de madame l’ambassadrice, laquelle pourvoitsoigneusement et jusqu’à profusion à tous ses besoins. »
Galilée , le 23 avril, écrit de son lit, où il est retenu par desdouleurs excessives qu’il éprouve dans la cuisse gauche. Lecommissaire et le fiscal, ses examinateurs, sont allés le visiter,et lui ont donné leur parole qu'ils ont la ferme intention d’expé-dier son affaire aussitôt qu’il pourra se lever de son lit. Us luiont répété, à plusieurs reprises, de ne pas s’affliger et d’avoirbon courage.
Galilée ne demeura que dix-neuf jours prisonnier au Saint-Office. Au bout de ce temps, un éclair de pitié parut traverserle cœur de quelques-uns dê ses juges, car à la suite d’unerequête adressée par le P. commissaire, il obtint la permissionde quitter le Palais de l’Inquisition et de revenir à l’ambassadede Florence .
Une lettre de Niccolini, en date du .1 er mai 1G33, annonce ences termes l’adoucissement apporté à la position de l’accusé duSaint-Office :
« Hier, quand je m’y attendais le moins, le signor Galilée m’a été
(1) Galilée } sa vie , ses découvertes et ses travaux } in-18. Paris , 1866, p. 225 et suiv.