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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
généraux contre les crimes d’hérésie dans l'universalité de la républiquechrétienne, ayant sous les yeux les saints Évangiles, que je touche demes mains, je jure que j’ai toujours cru, que je crois actuellement etqu’avec l’aide de Dieu , je croirai toujours ce que soutient, reconnaît etenseigne la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine. Mais attenduqu’apivs avoir reçu de ce même saint-office l’injonction d’abandonnerentièrement la fausse opinion qui admet que le Soleil est le centre et nese meut pas, et de m’abstenir d’admettre, de défendre et d’enseigner d’unemanière quelconque, même par écrit, cette susdite fausse doctrine ; etattendu qu’après avoir reçu notification que cette doctrine .est contraireà la sainte Écriture, j’ai écrit et fait imprimer un livre dans lequel j’ex-pose cette même doctrine, déjà condamnée, et j’invoque en sa faveur,avec une grande efficacité, des preuves, sans toutefois donner aucunesolution; par ces motifs j’ai été jugé véhémentement suspect d’hérésie,à savoir en admettant et en croyant que le Soleil est le centre du mondeet immobile, et que la Terre n’en est pas le centre et se meut.
« En conséquence, voulant détruire, dans la pensée de vos Éminenceset de tout catholique, ce véhément soupçon à bon droit conçu contre moi,d'un cœur sincère et d’une foi sans arrière-pensée, j’abjure, je maudiset je déteste les erreurs susnommées et les hérésies [abjura, maledico etdeleslor supradictos errores et hæreses), et en général toute autre erreurquelconque, ainsi que la secte contraire à la susdite Église , et je jurequ’à l’avenir jamais je ne dirai ou n’affirmerai, de la voix ou par écrit,rien qui puisse motiver contre moi un pareil soupçon, et que, si j’arriveà connaître quelqu'un qu’on puisse accuser ou soupçonner d’hérésie, jele dénoncerai à ce saint office ou à l’inquisiteur et à l’ordinaire du lieuoù je me trouverai.
« Je m'engage en outre par serment à remplir et à observer fidèlementtoutes les pénitences qui m'ont été imposées ou qui me seront imposéespar ce saint-office.
« Que s’il m’arrive jamais, Dieu m’en préserve! de contrevenir parquelques-unes de mes paroles à ces promesses, à ces protestations et àces serments, je me soumets à toutes les peines et à tous les supplicesqui ont été décrétés et promulgués contre de tels délits par les sacréscanons et les autres constitutions, soit générales, soit particulières : etqu'aiusi Dieu me soit en aide, comme les saints Evangiles que je touchede mes mains! »
L’abjuration, dictée par le Saint-Office dans les termes hu-miliants qu’on vient de lire, était écrite d’avance. Galilée la lut à haute voix, et la terreur dans lame. M. Philarète Chasles , dans l’ouvrage dont nous avons cité le titre, accuseGalilée d’avoir manqué de franchise et de courage, et d'avoirété, « pendant toute la durée de son procès, d’une faiblessedéplorable. » Nous voudrions bien savoir ce qu'aurait fait,en pareil cas, l’écrivain, qui se montre si sévère pour un vieil-lard de soixante-dix ans, livré, sans défenseurs, aux ennemisqui avaient juré et qui consommaient sa perte!