153
naissance à cette excellente femme, et quand elle fut trop âgéepour se soutenir par son travail, il pourvut à sa subsistance parune pension qu’elle toucha régulièrement jusqu’à sa mort.
Descartes avait été baptisé, et fut élevé dans la religion ca -tholique, qu’il professa et pratiqua pendant toute sa vie. Pourle distinguer d’un frère aîné, on lui avait donné le surnom dedu Perron, petite seigneurie ou métairie, qui entra ensuite danssa part du bien patrimonial.
René Descartes montra de bonne heure les plus heureusesdispositions pour l’étude, et un insatiable désir de tout con-naître. 11 questionnait sans cesse, pour se faire expliquer leseffets et les causes de chaque phénomène qui s’offrait à sa vue.Cela ne déplaisait pas à son père, qui avait coutume de l’appelermon philosophe. Lorsqu’il eut huit ans, il fut envoyé au collègede La Flèche, alors dirigé par les jésuites, que le roi Henri IV venait de rappeler en France , par son édit du 2 janvier 1004.
Le collège des Jésuites de La Flèche était presque une Uni-versité pour les catholiques de l’Ouest, comme le collège deSaumur , situé dans le voisinage, en était une pour les protestants.
Lejeune Descartes porta chez les jésuites l’esprit studieuxque son père avait remarqué en lui. Sous leur direction, ils’appliqua, pendant cinq ans et demi, aux humanités, fît degrands progrès, non-seulement dans la connaissance des lan-gues anciennes, mais encore dans l’histoire, et de plus, acquitun goût particulier pour l’éloquence et la poésie, qu’il jugeait,d’ailleurs, être l’une et l’autre des dons de l’esprit, plutôt quedes fruits de l’étude.
Descartes avait à peine quatorze ans lorsqu’on le fît passerdes humanités à la philosophie. A cette époque la scolastiqueavait déjà reçu plus d’une atteinte, au sein même de l’Uni-versité de Paris. Si on l'enseignait encore à La Flèche , commeailleurs, c’était, selon toute apparence, sans beaucoup de zèle,et avec une foi chaque jour décroissante. On peut en juger parles licences impunies que Descartes pouvait se permettre contrecette philosophie. Non-seulement il lui fut permis de se mo-quer des entités, des quidditès, des eccéités, des formes subs-tantielles, des qualités attractives, rêtentrices, expulsives,concoctrices, et autres idoles de Vintelligence, comme les avaitdéjà qualifiées Bacon , et qui régnaient alors en souveraines