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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
neige étaient de cette grosseur,... ils ressemblaient à l'humeur cris-taline de l’œil, étaient transparents, et j’en ai remarqué un ou deuxqui avaient autour d’eux six rayons très-courts, tirant sur le blancpâle, et surpassant la glace. Ce même jour, 5 lévrier, j’ai noté unegrande diversité d’étoiles de neige. D’abord quelques lames solides-tail-lées en hexagone, d’une parfaite transparence, polies et minces, de gran-deurs égales. Puis de petites roues de cette lorme (Ici se trouve une figuredans le texte), plus belles que l’art ne saurait les rendre, avec un très-petitpoint blanc au centre, et presque en entier transparentes ; puis encored’autres, sans aucun point au centre et un peu plus grandes, avec desrayons, comme des lys; puis enfin des colonnes de cristal, dont chaquebout était orné d’une rose à six feuilles un peu plus large que leur base;les unes avaient à leur extrémité une pellicule ainsi disposée (Ici uneautre figure); d’autres (Tci une autre figure; avaient au milieu quelquechose de telle forme (Ici une autre figure).—Mais je n’ai pu remarquer sice qui se trouvait au milieu était un hexagone : elles étaient si artiste-ment faites que rien ne saurait l’être davantage. Bientôt d’autres pluscourtes étaient tombées, et l'une de leurs extrémités était terminée parune étoile plus grande que l’autre. Il en tomba d’autres ensuite qui étaientdoubles avec douze rayons, tantôt égaux, tantôt inégaux. Et nous en vîmesun qui n’avait qu’un seul rayon . une colonne tombait avec une étoilemoindre; quatre ou cinq avaient huit rayons, dont quatre étaient pluscourts que les autres et paraissaient avoir été faits de deux réunis de lafaçon suivante —. Elles étaient toutes assez épaisses pendant toute ladurée de ce jour; mais, sur le soir, quand il cessa de neiger, elles étaientbeaucoup plus minces, et le jour suivant, le matin, quand le vent changeaet que l’air se rasséréna, les petites étoiles, même les plus ténues et rou-lées en flocons neigeux, étaient presque tombées; puis, d’autres assezlarges, mais sans transparence, puis ensuite un peu de grêle triangulaire,puis, enfin, tout cessa avec la tranquillité de l’air (1). »
C’est en souvenir de ses observations sur la neige hexagone.dont il avait toujours été émerveillé, qu’il écrivait, plusieursannées après, à Chanut, ambassadeur de France en Suède ,qu’il aurait souhaité que toutes les expériences, pour le reste desa physique, « pussent lui tomber ainsi des nues. »
Sans doute il reste beaucoup à désirer dans les explicationsque Descartes donne des phénomènes de la neige et de lagrêle; mais personne, à cette époque, même parmi les plussavants, ne soupçonnait le rôle que joue l’électricité dans laproduction de la grêle. Il faut donc excuser Descartes de n’yavoir pas vu cette action mystérieuse, et même il faut l’admirerd’avoir si ingénieusement expliqué tout ce qui s’y opère par
(1) C’est là le premier récit des deux observations et, pour ainsi dire, le procès-verbal que Descartes en a dressé dans le manuscrit de ses OEuvres inédites. Pour cetteraison, nous avons cru devoir la reproduire textuellement, de préférence à la rédac-tion plus développée qu’on peut lire dans le Traité des météores.