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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
gémissait, tout le premier, de la pusillanimité de son ami. Ilfit tout ce qu’il put pour lui rendre un peu de courage, et allajusqu'à lui mander qu’il y avait à Paris un ecclésiastique de saconnaissance, qui, bravant les foudres de l’Inquisition de Rome ,faisait imprimer actuellement un traité pour démontrer lemouvement de la terre. Descartes , dans sa réponse, s’alarmaitpour ce prêtre, des suites que pouvait avoir sa témérité, et necroyait pas qu’il fût en sûreté au milieu de Paris . Quant à lui,il luisait profession de s’incliner devant les inquisiteurs et car-dinaux de la Congrégation établie pour la censure des livres.Et ce n’était pas une terreur passagère qui lui dictait ce lan-gage; car, trois ans après, il disait encore en parlant des inqui-siteurs, que « l’autorité de ces messieurs n’avait guère moins depouvoir sur ses actions que sa raison en avait sur ses pensées. <•
Cependant Descartes n’avait pas encore vu les Dialogues deGalilée , quoique, dès le premier moment, il les eût fait cher-cher chez tous les libraires de Hollande. Enfin, dans le courantde février 1634, il trouva à en emprunter un exemplaire, d’unepersonne qui le lui laissa depuis le soir d’un samedi jusqu’aumatin du lundi suivant. Ce temps lui suffit pour le parcourir,et même pour y faire une découverte plus étrange que tout lereste de sa conduite dans cette affaire. Cette découverte futque les torts n’étaient pas du côté des inquisiteurs romains,mais bien du côté de leur victime. A voir comment Galilée s’explique sur le mouvement de la terre, Descartes ne trouvapas étonnant que les inquisiteurs l’eussent condamné. Pour lui,il équivoque sur cette question, et ici la pauvreté du raisonne-ment s’ajoute aux défaillances du cœur. Il ruse avec les suppôtsde l’inquisition.
« On pourra juger, d’abord, dit-il, que c’est de bouche seulement queje nie le mouvement de la terre, afin d’éviter la censure de Rome , àcauseque je retiens le système de Copernic . Mais lorsqu’on examinera mesraisons, je suis persuadé qu’on trouvera qu’elles sont sérieuses et solides,et qu’elles font voir clairement qu’il faut plutôt dire que la terre se meuten suivant le système de Tycho-Brahé, qu’en suivant celui de Copernic ,expliqué de la manière que je l’explique... Tous les passages de l’Écri-ture qui semblent être contre le mouvement de la terre, ne regardent pointle système du monde, mais seulement la manière de parler des peuples.De sorte que prouvant, comme je le fais, que pour parler proprement, ilfaut dire que la terre ne se meut point, en suivant le système que j’expose,je satisfais entièrement à ces passages. »