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SAVANTS DU DIX-SEPTIEME SIECLE
métrie, et je me moque (le ce qu’ils disent. Les constructions et les dé-monstrations des choses les plus difficiles y sont; mais j’ai omis les plusfaciles, afin que leurs semblables n’v pussent mordre. »
Personne, parmi les plus sincères amis de Descartes , neprenait bien au sérieux ces raisons. Il semble que la meilleureexcuse qu’il eût pu donner du défaut de clarté qu’on lui repro-chait, se trouvait dans ce qu’il avait dit d’abord, de la précipi-tation avec laquelle il avait composé sa Géométrie. Il ne s’étaitdécidé que très-tard à la donner, avec les Essais de sa méthode,et il l’avait rédigée, en inventant même une partie, pendantqu’on imprimait ses Météores. Néanmoins, il ajoutait sanshésiter que « telle qu'elle était, il riy souhaitait rien davan-tage. »
Il y avait dans toutes ces raisons un peu de forfanterie.
Si Descartes était sincère, il dut commencer à réfléchir surJe défaut qu’on reprochait à sa Géométrie, quand un de ses plusfidèles et prudents amis, un des grands mathématiciens dusiècle, un des trois ou quatre hommes de France à qui il accor-dait assez d’intelligence pour le comprendre, quand Mydorge enfin, lui fit demander, par l’entremise du P. Mersenne, l’ex-plication de quelques endroits qu’il trouvait obscurs dans le se-cond livre de sa Géométrie : Descartes se contenta de le renvoyerau troisième livre, sans montrer du reste, cette fois, la mau-vaise humeur que lui donnait presque toujours la moindre cri-tique de la part des autres savants.
Il se montra encore plus docile à l’égard de M. de Beaune ,à qui il fut redevable de plusieurs notes excellentes, dont leTraité de géométrie reçut de grandes lumières, à la grandesatisfaction de bon nombre d’amis de Descartes , qui jusque-làen avaient été réduits à l’admirer sur parole. Il voulut biendéclarer qu’il avait lu les savantes notes de M. de Beaune « avecune attention mêlée d’un plaisir indicible, qui augmenta jusqu’àla fin de la lecture ».
Il s’attendrit également en faveur ou, comme dit Baillet,pour Tamour d’un autre savant, Desargues . Ayant apprisque les parties de sa Géométrie, où il avait affecté d’être obscur,affligeaient Desargues , il voulut lui en donner lui-même deséclaircissements, par un petit écrit, qu’il composa à son inten-tion expresse. 11 fit mieux encore; il souffrit qu’un gentilhomme