DHSCAIÎTES
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d’esprit et de ressources h défendre cette thèse, qui paraissaitalors très-paradoxale, car les philosophes allemands n’étaientpas encore venus. Voici ce qu’il écrit au médecin Pemplius,homme fort versé dans les mathématiques :
« Je sais que le nombre de ceux qui pourront entendre ma géométriesera fort petit. Car ayant omis toutes les choses que je jugerais n’ètrepas inconnues aux autres et ayant tâché de comprendre ou du moins detoucher plusieurs choses en peu de paroles (même toutes celles quipourront jamais être connues dans cette science), elle ne demande passeulement des lecteurs très-savants dans toutes les choses qui ont étéjusqu’ici connues dans la géométrie et dans l’algèbre, mais aussi despersonnes très-laborieuses, très-ingénieuses et très-attentives. »
Il va plus loin encore dans une lettre adressée à M. deBeaune . Il déclare tout net, que son obscurité est étudiée,comme celle qu’affectaient Pythagore et Aristote , dans leursécrits exotèriques.
« J’ai omis, écrit-il, dans ma géométrie, beaucoup de choses qui pou-vaient y être ajoutées pour la facilité de la pratique. Toutefois, je puisassurer que je n’y ai rien omis qu’à dessein, excepté le cas de Vasymp-tote que j’ai oublié. Mais j’avais prévu que certaines gens qui sevantent de savoir tout, n’auraient pas manqué de dire que je n’avais rienécrit qu'ils n'eussent su auparavant, si je me fusse rendu assez intelli-gible pour eux; et je n’aurais pas eu le plaisir de voir l’incongruité deleurs objections. Outre que ce que j’ai omis ne nuit à personne. Car pourles autres, il leur sera plus avantageux de faire des efforts pour tâcher del’inventer d'eux-mêmes que de le trouver dans un livre. Pour moi, je 11ecrains pas que ceux qui s’y entendent prennent aucune de ces omissionsqu’ils m’imputent pour des marques de mon ignorance; car j’ai eu soinde mettre en toute rencontre ce qu’il y a de plus difficile, et de ne lais-ser que ce qu'il y a de plus aisé. »
Cependant toutes les objections faites contre sa géométrie, etqu’il sollicitait par l’entremise du P. Mersenne, n’étaient pasabsolument incongrues, pour employer son expression. Il y enavait de très-sérieuses, et qui évidemment lui avaient donnéplus de déplaisir qu’il ne voulait le reconnaître. On le voitparfois s’irriter au point d’englober tous les mathématiciens deParis et beaucoup d’autres, dans le nombre des esprits qui nepeuvent atteindre les hauteurs de sa Géométrie.
Nos analystes, dit-il au P. Mersenne, n’entendent rien en ma géo-