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4 (1869) Savants du dix-septième siècle : Keppler, Galilée, Descartes, F. Bacon, Harvey, Tournefort, Huygens, Denis Papin, van Helmont, Robert Boyle, Nicolas Lémery, Blaise Pascal, Fermat Désargues, Cassini / par Louis Figuier
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DESCARTES

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de toute provenance. Eiie prenait des leçons de tous concur-remment, et voulut tâter de celles de Descartes , dautantmieux quelle nignorait pas qu'il les avait longtemps données àla princesse Elisabeth, quelle jalousait.

Les conditions offertes à Descartes étaient très-belles. Il lesaccepta. Il quitta donc sa chère solitude d'Egmond,. il étaitrentré depuis son retour de France . On dit que plusieurs de sesamis, qui avaient voulu se rendre à Amsterdam , pour lui faireleurs adieux, ne purent le voir sembarquer sans laisser paraîtrelaffliction les jetait le pressentiment quils avaient déjà desa destinée. Malgré la rigueur de la saison dautomne, sous ceslatitudes, le philosophe arriva heureusement à Stockholm , dansles premiers jours doctobre. 11 descendit à lambassade deFrance , il reçut laccueil le plus cordial. Un appartement étaittout préparé pour le recevoir, et il ne fut pas libre de le refuser.

Le lendemain, Descartes alla présenter ses hommages à lareine, qui le reçut avec la plus grande distinction. Larrivée deDescartes bayant mise de belle humeur, elle ordonna quon fitentrer le pilote qui avait été chargé de lamener, et lui demanda,en riant, quelle espèce dhomme il croyait avoir conduit dansson vaisseau ? « Ce nest pas un homme que jai amené à VotreMajesté, sécria le pilote, cest un demi-Dieu. Il men a plusappris en trois semaines sur la science de la marine que jenavais appris pendant soixante ans que je vis sur mer. »

Descartes revit la reine le troisième jour de son arrivée. Ellelui parla dun bon établissement quelle voulait lui offrir, pourle retenir en Suède . Lentretien porta ensuite sur lheure àprendre pour les leçons de philosophie quelle désirait rece-voir. Elle choisit la première heure après son lever. Celadérangeait beaucoup les habitudes de Descartes , qui, depuisses jeunes années, avait conservé lhabitude de rester au litle matin; mais il nosa rien en témoigner à la reine, et consentitavenir tous les jours, à cinq heures du matin, dans sa biblio-thèque, devaient avoir lieu les leçons. La reine laffranchit,dailleurs, de tout autre assujettissement. Elle le dispensa ducérémonial de la cour. Il fut aussi réglé que les leçons ne com-menceraient quau bout dun mois, afin que Descartes eût letemps de se reconnaître, de sacclimater à ce nouveau pays etde se familiariser avec ses usages.