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de toute provenance. Eiie prenait des leçons de tous concur-remment, et voulut tâter de celles de Descartes , d’autantmieux qu’elle n’ignorait pas qu'il les avait longtemps données àla princesse Elisabeth, qu’elle jalousait.
Les conditions offertes à Descartes étaient très-belles. Il lesaccepta. Il quitta donc sa chère solitude d'Egmond, où. il étaitrentré depuis son retour de France . On dit que plusieurs de sesamis, qui avaient voulu se rendre à Amsterdam , pour lui faireleurs adieux, ne purent le voir s’embarquer sans laisser paraîtrel’affliction où les jetait le pressentiment qu’ils avaient déjà desa destinée. Malgré la rigueur de la saison d’automne, sous ceslatitudes, le philosophe arriva heureusement à Stockholm , dansles premiers jours d’octobre. 11 descendit à l’ambassade deFrance , où il reçut l’accueil le plus cordial. Un appartement étaittout préparé pour le recevoir, et il ne fut pas libre de le refuser.
Le lendemain, Descartes alla présenter ses hommages à lareine, qui le reçut avec la plus grande distinction. L’arrivée deDescartes bayant mise de belle humeur, elle ordonna qu’on fitentrer le pilote qui avait été chargé de l’amener, et lui demanda,en riant, quelle espèce d’homme il croyait avoir conduit dansson vaisseau ? « Ce n’est pas un homme que j’ai amené à VotreMajesté, s’écria le pilote, c’est un demi-Dieu. Il m’en a plusappris en trois semaines sur la science de la marine que jen’avais appris pendant soixante ans que je vis sur mer. »
Descartes revit la reine le troisième jour de son arrivée. Ellelui parla d’un bon établissement qu’elle voulait lui offrir, pourle retenir en Suède . L’entretien porta ensuite sur l’heure àprendre pour les leçons de philosophie qu’elle désirait rece-voir. Elle choisit la première heure après son lever. Celadérangeait beaucoup les habitudes de Descartes , qui, depuisses jeunes années, avait conservé l’habitude de rester au litle matin; mais il n’osa rien en témoigner à la reine, et consentitavenir tous les jours, à cinq heures du matin, dans sa biblio-thèque, où devaient avoir lieu les leçons. La reine l’affranchit,d’ailleurs, de tout autre assujettissement. Elle le dispensa ducérémonial de la cour. Il fut aussi réglé que les leçons ne com-menceraient qu’au bout d’un mois, afin que Descartes eût letemps de se reconnaître, de s’acclimater à ce nouveau pays etde se familiariser avec ses usages.