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SAVANTS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Mais ce qui le dégoûta, c’est qu’on ne paraissait curieux, à lacour de France, que de connaître sa personne. « J’avais sujetde croire, dit-il, qu’ils voulaient seulement me voir en France comme un éléphant ou une panthère, à cause de sa rareté, etnon pour y être utile à quelque chose. •> Ceux qui l’avaientappelé à la cour pour lui conférer des honneurs, ressemblaientassez à des amis qui l’auraient convié à dîner chez eux ; maislorsqu’il y fut arrivé, la cuisine était en désordre et la marmiterenversée.
La seule aubaine qu’obtint Descartes dans l’un de ses troisderniers voyages à Paris , fut la connaissance et l’amitié d'undes hommes les meilleurs qu'il eut encore rencontrés. Clerse-lier comptait dépuis longtemps parmi ses partisans les pluschauds, et il avait même traduit en français les objections faitescontre ses Méditations , avec les réponses à ces objections. Cetami lui annonça un jour qu’il dvait encore dans sa famille ungrand admirateur, dont la connaissance lui serait facile à faireet agréable à cultiver. Celui dont Clerselier parlait ainsi étaitson beau-frère, Chanut. La liaison se fit, en effet, dès lapremière entrevue. C’est ce nouvel ami qui va jouer mainte-nant un rôle intéressant dans les dernières années de la vie deDescartes .
VI
Chanut était connu du public et de la cour pour un hommede mœurs intègres et d'une grande capacité dans les affaires.Nommé peu de temps après, ambassadeur de France , en Suède ,1 n’oublia pas de parler de Descartes à la reine Christine. Cetteprincesse, qui avait déjà accaparé le grand humaniste Freinshe-mius, le célèbre publiciste Grotius , et qui négociait pour gagnerle plus savant des commentateurs, Saurnaise, ne voulut pasmanquer l’occasion de mettre sa royale main sur un hommequi éclipsait tous ceux de son siècle. La cour de Christinefourmillait de beaux esprits, de littérateurs, de poëtes, dephilologues, de rhéteurs, de savants de toute profession et